Afrofuturisme. L’avenir change de visage, sous la direction de Stéphanie NICOT

Venant de terminer avec délices Liens de sang d’Octavia E. Butler que certains considèrent comme une des mères de l’afrofuturisme, je me suis tout naturellement dirigé vers l’anthologie de la dernière session des Imaginales consacrée à ce mouvement artistique (entre autres) qui m’intéresse depuis quelques temps. J’ai été gâté : dix-neuf nouvelles composent cet ouvrage, avec une grande majorité de textes français et inédits, plus quelques rares traductions et reprises. Un bon cru en tout cas.

Une anthologie dans l’air du temps

Je ne reviens par sur les polémiques qui ont émaillé le début de cette vingtième occurrence des Imaginales d’Épinal. Parlons plutôt de cette anthologie, qui offre une sélection riche et variée. De quoi satisfaire pas mal de goûts différents. Et de quoi lire à nouveau des auteurs / autrices que j’apprécie. Certaines anthologies m’ont laissé froid, avec trop de textes banals ou qui ne m’ont pas touché. Celle-ci, au contraire, m’a très peu déçu : quelques nouvelles ont été plus anecdotiques pour moi, mais la plupart m’ont intéressé, amusé, remué. Un bon bilan en fait. Les autrices / auteurs, qu’ils soient eus-mêmes noirs ou blancs, français ou étrangers ont apporté un regard souvent différent sur le thème de l’afrofuturisme.

L’afrofuturisme

Commençons par une petite définition, histoire de se mettre d’accord. Ou, en tout cas, de savoir de quoi je parle. L’afrofuturisme est, ici, un mouvement artistique qui change de centre : il offre une vision africaine (afro-américaine diront beaucoup, puisque le mouvement est né aux États-Unis à la fin du XXe siècle) du futur. L’Afrique n’y est plus nécessairement ce continent meurtri, utilisé comme réserve de bras ou de matières premières par les peuples du Nord. Il y apparaît plus souvent comme le continent de l’avenir. Et cela se retrouve dans beaucoup de nouvelles de cette anthologie : « Miss Washington » de Richard Canal ou « La Tête d’Olokun » d’Alex Evan. D’autres récits font la part belle à cette violence due à la colère née des mauvais traitements infligés aux Noirs : « Soif de sang » de Rivers Solomon ou « Souvenir organique » de Floriane Soulas. Certains nous offrent des histoires ou on s’aperçoit après coup que les personnages principaux étaient noirs. Ce qui, en fait, devrait être normal : est-il besoin de connaître la couleur de la peau des protagonistes ? Vaste débat. Oui, diront certains de ceux qui se sont vus exclure des histoires depuis des siècles, relégués aux bas-fonds des récits. Non, diront d’autres qui préfèrent l’apaisement et l’espoir d’un monde ou cette couleur importerait peu. Dans tous les cas, ce qui est agréable avec cette anthologie, c’est qu’elle offre une très grande variété de récit, allant de la SF la plus pure au fantastique le plus angoissant. Et qu’outre le plaisir de la lecture, elle donne envie de creuser, d’aller chercher des renseignement sur tous ces lieux évoqués, ces personnages revenus à la vie, ces objets sortis du passé. Une belle découverte !

Comme d’habitude, je parle de chaque nouvelle l’une après l’autre : un petit résumé, quelques bribes d’avis. Parfois un peu de divulgâche, mais pas trop.

Rivers SOLOMON, « Soif de sang » (Blood Is Another Word for Hunger, 2019)

Une jeune esclave noire, Sully, profite de la disparition à la guerre du seul homme de la famille pour tuer les cinq femmes qui restaient au foyer et la traitaient avec le mépris classique qu’on réservait aux noirs réduits en servitude à l’époque. Ce massacre éveille l’intérêt de forces de l’au-delà. Ainsi renaît une femme qui était dans les limbes depuis plusieurs dizaines d’années, Ziza. Par son intermédiaire, Sully va faire revenir à la vie d’autres victimes des temps passés dans le but de se faire une place à eux. Pour cela, pas de pitié pour les blancs du voisinage. Je ne suis pas un grand adepte du fantastique. Donc ce texte ne m’a pas enthousiasmé. Par contre, l’idée du retour d’anciens morts par l’intermédiaire d’une jeune fille tout emplie de colère m’a plu. Le personnage de Sully, toute de haine construite, et qui ne parvient pas à se défaire de ce sentiment, est très fort. Une bonne entrée en matière, finalement. Qui me donne envie de découvrir les romans de Rivers Solomon.

Sara DOKE, « Léopard cha-cha »

Texte extrêmement court, intéressant sur le plan culturel, mais trop rapide pour m’avoir réellement touché. On y découvre la libération du Congo du joug belge en 1958 à travers certains mots du futur premier chef du gouvernement congolais indépendant (1960) : la révolte aurait eu pour point de départ la prise de conscience du mépris des Belges pour les Congolais lors de l’exposition universelle de Bruxelles. Quelques anecdotes sont glaçantes et rappellent le roman de Didier Daeninckx, Cannibale, publié en 1998. On y découvre avec horreur l’exposition coloniale de 1931 qui s’est tenue dans le bois de Vincennes, près de Paris.

Sofia SAMATAR, « Demande de prolongation du contrat de travail à bord du Clarity » (Request for an Extension on the Clarity, 2015)

La narratrice semble (car il faut lire entre les lignes, sans certitude) être en orbite autour de la Terre, dans une sorte de module, le Clarity, « petite lune brillante ». Elle sert d’interface entre les vaisseaux hors système et la planète mère. Elle y vit seule avec des chats et demande une prolongation de son contrat. Et raconte un peu sa vie. Et surtout, ses motivations. L’occasion de parler des Dogons et du fait que l’on pense qu’ils avaient une connaissance étonnante des étoiles. L’occasion de découvrir un peu leur cosmologie.

Richard CANAL, « Miss Washington »

L’Afrique a fini par se révolter, par s’unir et donc, par conserver les ressources de son sol. Résultat, les anciens colonisateurs et autres profiteurs se retrouvent démunis. Les États-Unis, par exemple, où vit le personnage principal, Shirley Washington sont en grande difficulté. L’économie s’est effondrée. Aussi, retour aux « fondamentaux » : le Ku Klux Klan renaît de ses cendres et les noirs sont obligés de se réfugier dans des ghettos, de se barricader derrière des murailles et des barbelés pour éviter de se faire lyncher. Comme le père de Shirley. Mais cette chercheuse, qui pense avoir trouvé la technologie nécessaire à une batterie vraiment efficace et puissante est approchée par un homme. Un Africain. Qui l’a convainc de venir au pays de ses ancêtres pour aider au développement de ce continent et à son expansion vers les étoiles. Une nouvelle bien construite, avec des retours en arrière maitrisés, et qui offre un panorama convainquant d’un futur possible (mais bien peu probable). Malgré la petite taille du texte, les personnages ont le temps d’acquérir une certaine profondeur. Il faudra que je relise certains romans de cet auteur.

Raphaël GRANIER de CASSAGNAC, « Itinéraire d’une migrante martienne »

Mars est LA destination pour les habitants d’une Terre en bout de course. On l’a tellement maltraitée ! Ne partent que les plus méritants, ceux qui peuvent utiles. Et quelques personnes tirées au sort. Dont Marion, une Française accompagnée de ses deux enfants. On la suit, de sa formation à ses premiers pas sur sa nouvelle planète. Un récit très bien mené, auquel j’ai tout de suite accroché. Raphaël Granier de Cassagnac, dont j’ai récemment apprécié Resilient Thinking a imaginé un avenir, sombre, mais réaliste (c’est une petite fille d’Elon Musk qui chapeaute le projet de colonisation de Mars). Avec des personnages hauts en couleur, qui nous permettent de découvrir une vision de notre futur sans voir passer les pages. Pas d’angélisme ici non plus : les colons attirent les convoitises et des truands cherchent à profiter de leur place, par n’importe quel moyen. La naïveté peut se payer cher dans ce monde, comme dans le nôtre. En tout cas, Raphaël Granier de Cassagnac est vraiment un auteur que j’apprécie et dont je surveille les sorties.

Yann-Cédric AGBODAN-AOLIO, « Le Nombril-du-monde »

La tradition de l’arbre-monde est au centre de cette nouvelle. Sur Alkebulane, tous les êtres vivants, humains comme animaux et plantes sont reliés au Nombril-du-monde. Or deux prêtres vont disparaitre et il faut les remplacer pour continuer à rêver le monde. On cherche alors parmi tous les jeunes gens ceux qui sont prêts, ceux qui ont déjà été choisis en fait par le Nombril lui-même. Une nouvelle d’initiation, agréable à lire et qui offre de beaux moments, avec des personnages forts.

Charlotte BOUSQUET, « L’Amour est Source de Vie »

Le désert a gagné : l’Asag est une « terre vide, morte, empoisonnée ». Or le personnage principal y détecte une trace de vie. D’où vient-elle ? La réponse va se trouver en elle. Ce court récit se situe dans l’univers de Shâra, développé dans un diptyque que je n’ai pas lu. Et je pense que c’est cela qui m’a empêché de réellement entrer dans ce texte, bien écrit, mais qui ne m’a pas touché.

Alex EVANS, « La Tête d’Olokun »

Un couple de spécialistes de vente aux enchères sont appelés pour une vente spéciale. Voyage à bord du Baobab, ascenseur spatial dont la base est en Afrique. Puis jusqu’à l’Ouest de Minuit, possession d’une richissime femme d’affaires qui met en vente plusieurs œuvres d’art, dont la célèbre tête d’Olokun (qui existe vraiment : je vous conseille d’aller en voir une photographie, elle est vraiment belle). Mais les choses ne vont pas dérouler comme prévu : tensions entre les acheteurs potentiels, tentative de vol ou d’arnaque. Tous les ingrédients pour un récit rythmé et tendu jusqu’au bout. Le cadre m’a rappelé La troisième griffe de Dieu, Adam-Troy Castro et son huis-clos dans un ascenseur spatial. Mais ici, pas d’histoire de familles. Juste de l’argent et un petit aperçu de l’histoire d’une œuvre d’art africaine. J’aime découvrir à travers des récits des pans de culture que je n’imaginais même pas. Une belle découverte, donc.

Michael ROCH, « La Paraphrase du masque »

Comme dans Tè Mawon, l’action se situe à Lanvil, mégalopole caribéenne. Un homme a vu quelque chose dans le sous-sol de la ville et il tente d’empêcher les investisseurs russes de s’en emparer. Quitte à tuer. L’occasion pour Michael Roch de nous promener un peu dans sa ville inquiétante et fascinante à la fois. Et évoquer la puissance cachée dans les tréfonds de la terre. Une nouvelle intrigante, qui me renforce dans mon idée de lire Tè Mawon, qui trône sur mon étagère depuis plusieurs semaines. D’autant que j’ai lu récemment une autre nouvelle (« Les vies de Man Pitak ») de cet auteur en vogue actuellement dans l’anthologie Futurs solidaires.

Sylvia SAEBA, « Les Ciseaux de Sang »

Nouvel « choc » : Sylvia Saeba évoque l’excision. Et ce n’est pas avec des pincettes. Comme dans le texte de Rivers Solomon, un esprit revient, en colère. C’est celui d’une jeune fille morte suite à cette opération atroce et hors d’âge. On comprend peu à peu son désir de vengeance qui a amené la mort de toutes les femmes. On assiste à un affrontement final avec l’exciseuse. Ce texte est fort, très fort. Violent. Sanglant. Mais nécessaire. Et efficace. Un choc, je le répète.

Floriane SOULAS, « Souvenir organique »

Dans un monde où les femmes (noires semble-t-il) doivent pour survivre se soumettre à des expériences, l’une d’entre elles, Eshe, qu’on appelle CF726 est appelée à tester une nouvelle technique. Un moyen de retourner dans le passé. Lors de rêves, elle devient une de ses ancêtres, Sarah, qui a vécu au début et milieu de XXe siècle, aux États-Unis. Lors du premier contact, elle entend Billie Holliday chanter Strange Fruit en 1939. Bouleversement garanti. Puis c’est Sister Rosetta Tharpe, en 1941, qui interprète Shout, Sister, Shout. Et, enfin, en 1965, Nina Simone qui entonne a capella Images. À chaque fois, sa révolte s’amplifie. Ce qui l’amène a avoir un comportement étrange dans morne et froid. Même si je ne suis pas certain d’avoir bien saisi la fin, cette nouvelle m’a tout de suite pris, surtout quand la chanson Strange Fruit est arrivée. Les évocations de ces chansons, cris de révolte d’une partie de la population, sont faites tout en finesse. Et cela m’a touché.

Lionel DAVOUST, « Dans les matongo de coton et de polymère »

Dans la tradition des gens de ce pays, on porte les vêtements des morts en hommage, jusqu’à ce qu’ils ne soient plus portables. Mais avec le polymère, les tenues des ancêtres durent trop longtemps. Alors l’habitude est venue de s’en débarrasser dans un lieu excentré, où vivent des marginaux qu’on accuse de tous les maux. Mais il faut également savoir que les habits sont tous connectés et ont donc enregistré des morceaux de vie de ceux qui les ont portés. Belle idée de Lionel Davoust. Une jeune femme part à la recherche de vêtements de son grand-père. Son but ? En recréer une image virtuelle avec qui discuter. Mais l’endroit est dangereux, en tout cas d’après ce qu’elle en a appris. Ce « voyage » va faire vaciller ses certitudes de révolutionnaire en herbe jamais sortie de sa ville. Une nouvelle parfois un peu obscure, mais pleine d’empathie et de trouvailles.

Laura NSAFOU, « De l’autre côté de la nuit »

En 2049, cela fait plus de vingt ans que le soleil a disparu. Aucune explication, mais le noir sur la planète. Seule la Lune apporte un léger éclairage par endroits, surtout en Afrique. Les signes de richesse sont donc la puissance et le nombre de sources d’éclairage. Les pauvres se contentent de bougies, tandis que les plus riches gaspillent l’électricité pour des fêtes excessives. Le fils d’un ministre est le centre d’une de celle-là : il doit se marier. Mariage de convenance entre deux familles plus qu’entre deux individus. Déjà, ce n’est pas réjouissant. Quand, en plus, on apprend que le jeune homme est homo et que, en ces temps obscurs (sans jeu de mots), l’homosexualité est passible de la peine de mort ou tout comme, on comprend qu’il ne fait pas bon être à sa place. Or, une rencontre va tout changer pour lui. Cette nouvelle est agréable à lire, peut-être plus destinée à un public jeune (l’autrice, si j’ai bien compris, écrit d’ailleurs plutôt jusqu’ici pour la jeunesse), mais ne dépare pas dans cette anthologie, loin de là. L’idée de base est séduisante et le traitement sans faille.

Ketty STEWARD, « Blanche-Neige et le triangle quelconque »

Dans un hôpital, Brigitte discute peu avec la narratrice. Cette dernière en comprend la raison un jour en interrompant une conversation de sa collègue avec une autre : pour Brigitte, les Noirs sont des envahisseurs qui ont pollué la planète. Il faudrait revenir à une certaine pureté de la race. Brigitte a un plan. Que nous allons découvrir lors de ce court texte bien fichu, au rythme très efficace. Les personnages sont crédibles, les mécanismes mis en place aussi. La haine qui sous-tend certaines actions aussi, hélas ! J’avais déjà remarqué ce sens du découpage, avec des parties parfois très courtes et bien structurées, et cette réussite dans la mise en place de protagonistes auxquels on peut croire dans L’évangile selon Myriam publié en octobre dernier chez Mnémos.

David BRY, « Plus que la Terre encore »

L’Olorun vogue vers Epsilon Eridani. Deux cent huit ans qu’il a quitté la Terre avec quelques passagers en cryogénie et de nombreux embryons, venus des différents continents. Le but : trouver une nouvelle planète. Problème, un moteur vital pour l’atterrissage est tombé en panne et seul un certain chercheur peut le réparer. Mais, quand il se réveille, il s’aperçoit qu’il est entouré d’un équipage noir. Or, pour lui, le blanc est la seule couleur valable. Les affrontements entre les différents continents ont été d’une extrême violence suite aux catastrophes climatiques. Les haines sont exacerbées. Il refuse coopérer, même avec sa petite-fille, une métisse née du fils du chercheur et d’une femme noire. Comment le convaincre ? Un texte sympathique, mais assez peu original et très convenu. Avec une pirouette finale qui fleure un peu trop bon la guimauve à mon goût. Même si un peu d’optimisme ne fait pas de mal de temps en temps.

Émilie QUERBALEC, « Venus Requiem »

Vénus Djanwa sait comment gagner de l’argent : sexe et mort sont les deux moteurs de l’humanité. Pour obtenir le pactole, il suffit de lui en donner. Elle a commencé en partageant la mort de sa mère, début de sa gloire et de sa fortune. Elle n’a pas de scrupules et cela lui réussit. Comme les audiences se tassent, elle trouve une nouvelle idée. Capturer une devineresse capable de prédire le décès de n’importe qui. Il ne reste plus qu’à trouver quelques célébrités ayant besoin d’argent et le tour est joué : les spectateurs parient sur qui, parmi les dix candidats, mourra. Fortune et gloire à nouveau. Mais tout est-il si simple ? J’ai retrouvé dans ce texte de 2015 un peu de l’ambiguïté des personnages déjà repérée dans Quitter les monts d’automne. Les individus décrits par Émilie Querbalec ne sont pas des monolithes : ils évoluent selon les circonstances, ils s’adaptent aux évènements. Cela peut surprendre, mais surtout, cela apporte de la profondeur au récit. Ici, j’ai également apprécié le retournement de situation final. De quoi patienter jusqu’à son prochain roman, Les Chants de Nüying à paraître chez Albin Michel le 31 août prochain.

Christophe GROS-DUBOIS, « Nine Inch Man »

La notice de présentation de Christophe Gros-Dubois évoque un précédent roman qui mêle pornographie, boxe et religion. Pas de boxe, ici. Mais du sexe, avec un langage cru, mais vrai. Le personnage principal est une femme d’un mètre quarante-huit, « une petite meuf noire proche du nanisme, aux proportions semblables à celles des Rabu Doru, les Love Dolls japonaises – gros nichons, cul minuscule, super légère, super maniable ». Lilly. Née dans un endroit paumé, sur une ile des Caraïbes, elle est abusée par tous les hommes qui l’entourent ,de sa famille ou non. Elle sait rapidement que tout va passer par son corps. Et elle s’adapte. Elle veut s’en sortir et elle est prête à tout. Mais sa vie et sa mort auront des conséquences plus grandes qu’elle. Si l’écriture m’a un peu fait penser par sa crudité à Christophe Siebert dans ses chroniques de Mertvecgorod (Feminicid et Images de la fin du monde), le propos s’en éloigne. Cette nouvelle, malgré sa dureté, ne semble jamais totalement se prendre au sérieux. C’est un peu déstabilisant. Mais la lecture en reste très agréable. Et la fin, bien que peu réaliste, satisfaisante.

Corinne GUITTEAUD, « La Reine égarée »

Une archéologue de 2031 va fouiller une tombe afin de vérifier si c’est bien celle de la célèbre reine du Dahomey Tassi-Hangbé. Parallèlement, nous revivons certains épisodes marquants du règne de cette reine, en 1711. Les évènements vont progresser de manière surprenante jusqu’à la révélation finale. Même si elle m’a bien plu, cette fin est trop rapidement décrite (en tout cas la révélation, qui m’a parue un peu grosse, telle qu’elle est présentée). Malgré cette réserve, l’histoire m’a plu et a attiré mon attention vers un épisode totalement méconnu (en tout cas par moi). Les deux époques qui se répondent alimentent l’intérêt du récit, car on se demande jusqu’au bout où cela va nous mener. Une belle surprise.

Nadia CHONVILLE, « Twati an vé-a, pa »

La Caraïbe a connu un bouleversement technologique qui lui a donné le pouvoir. À ce moment, les femmes ont pu devenir les égales des hommes dans la société. Mais rapidement, quelques individus, sous couvert de protéger les femmes, les ont écartées du pouvoir et les ont cantonné à des tâches mineures. Éternel recommencement. Mais elles ne sont pas décidées à se laisser faire. Courte nouvelle de conclusion,« Twati an vé-a, pa» offre une belle fin à ce recueil. D’abord par la musicalité de ses phrases, car l’autrice utilise plusieurs phrases en créole. Ce qui plonge le lecteur directement dans l’ambiance. Aussi par l’emploi de notions typiques de cette région du monde, sans notes de bas de page, sans lexique. Ce qui oblige le lecteur à attendre que le contexte lui permette (ou non) de comprendre ces mots. Le récit n’en souffre pas, au contraire. Il sonne plus juste et atteint son but. Belle coda.

Présentation de l’éditeur : Anthologie dirigée par Stéphanie Nicot avec la collaboration de Ketty Steward. Avant-propos de Valérie Lawson. L’anthologie des Imaginales 2022 fête les vingt ans du festival en vous offrant vingt textes : un avant-propos et dix-neuf nouvelles, dont les récits saisissants de deux des autrices afro-américaines les plus passionnantes du moment, Sofia Samatar (Demande de prolongation de contrat de travail à bord du Clarity) et Rivers Solomon (Soif de sang). Les auteurs, dont beaucoup sont afrodescendants, nous entraînent dans des mondes qui ont déjà changé de base (Blanche Neige et le triangle quelconqueDans les matongo de coton et de polymèreMiss WashingtonLa Paraphrase du Masque). D’autres évoquent le moment où tout bascule (Les Ciseaux de sangDe l’autre côté de la nuitNine Inch ManTwati an vè-a). D’autres encore nous emmènent dans l’espace (La Tête d’OlokunVenus RequiemItinéraire d’une migrante martiennePlus que la terre encore) ou dans les arcanes du temps (Reine égarée) ; ils évoquent aussi une utopie (Le Nombril du monde), une alternative au renoncement (L’Amour est source de vie), la façon de sortir d’un piège (Souvenir organique) ou Patrice Lumumba, héros de la décolonisation (Léopard cha-cha). Mouvement culturel profondément original, l’afrofuturisme nous offre d’autres visages de l’avenir. Les auteurs , Yann-Cédric Agbodan-Aolio, Charlotte Bousquet, David Bry, Richard Canal, Nadia Chonville, Lionel Davoust, Sara Doke, Alex Evans, Raphaël Granier de Cassagnac, Christophe Gros-Dubois, Corinne Guitteaud, Laura Nsafou, Émilie Querbalec, Michael Roch, Sylvia Saeba, Sofia Samatar, Rivers Solomon, Floriane Soulas, Ketty Steward. Partenaire de longue date des Imaginales, Mnémos publie chaque année l’anthologie officielle du festival des mondes imaginaires d’Épinal.

Mnémos – 17 juin 2022 (19 nouvelles (pour la plupart inédites) et un avant-propos– 370 pages – Illustration : Fanuel Leul – 21 euros)

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