Les Chiens et la Charrue [Le Cycle de Syffe. 3], Patrick K. DEWDNEY

Il était attendu, ce troisième tome du cycle de Syffe ! Et, même si le deuxième, La Peste et la vigne, m’avait laissé un sentiment mitigé, j’ai attaqué sans hésiter Les Chiens et la charrue. Et bien m’en a pris ! Quel souffle ! Quelle force ! Patrick K. Dewdney, tout en conservant les qualités de ses précédents volumes, ajoute une dimension politique entraperçue dans L’Enfant de poussière, mais davantage développée ici. Et le résultat est au-delà de mes espérances : j’ai dévoré ces plus de six cents pages et j’attends fiévreusement la suite.

Un héros au bout du bout

Au début, Syffe se retrouve dans un état déplorable. Comme souvent, d’ailleurs, puisque Patrick K. Dewdney se fait un plaisir de le plonger, en fin de volume, dans une situation détestable. Pour ceux qui auraient oublié, je rappelle (attention, spoil en vue pour ceux qui n’ont pas lu les deux premiers romans) que Syffe a tué une créature aux pouvoirs quasi divins (ou extraterrestres), sans le vouloir et,dans le même mouvement, a causé la mort prématurée de Brindille (qui était de toute façon condamnée, car malade). Il se retrouve donc avec quelques cadavres de plus sur la conscience et, surtout, sans le moindre but. Puisque c’est la figure de Brindille qui lui avait permis de tenir tout au long de La Peste et la vigne. Il est donc plus bas que terre et voit, misérable épave imbibée d’alcool, la mort comme une solution de plus en plus désirable.

Certains jours, le destin fourche. Lorsqu’on a la chance de le voir, il faut savoir l’accepter.

Mais une fois de plus, le hasard, le destin, comme l’on veut, va lui permettre de rebondir. La rencontre d’une contrebandière, l’Écailleuse, lui donne l’occasion de sortir de son marasme et de retrouver goût au monde qui l’entoure. Et vous connaissez l’auteur, vous savez combien il peut donner de l’importance au décor. Ici aussi, le ciel, l’eau, les arbres, les animaux jouent un rôle de premier plan. Ils envahissent les pages de leurs cris,de leur souffle, de leurs couleurs. Ils imprègnent l’histoire de leurs teintes, donnant le ton aux aventures de Syffe.

Retour vers le passé

Ce troisième roman est très lié aux précédents. En effet, tout d’abord, (mais aussi comme avant) Syffe est toujours plongé dans ses souvenirs. Les personnages croisées, les cadavres de ceux qu’il a aimés le hantent et reviennent surtout la nuit. Ils l’entrainent dans ses doutes et ses tergiversations. Ensuite, l’auteur, qui avait placé des pièces sur son gigantesque puzzle, en utilise certaines : Syffe avait sauvé, presque malgré lui, Aidan, un noble éminemment sympathique qui lui avait confié une bague en retour. Cette bague, à son tour, va sauver Syffe. Et amener un sacré changement dans l’existence de notre jeune héros. Et, par conséquent, un changement de rythme et de décor dans ce troisième volume. Car, si la nature et la contemplation obtenaient les premières places jusqu’ici, la politique, la diplomatie et la gestion des groupes humains vont prendre l’essentiel de la place dans cet opus. Syffe va se retrouver au centre de manœuvres plus ou moins claires dont il sera en partie acteur (et cela fait du bien qu’il parvienne enfin à sembler avoir du poids sur sa propre existence) et en partie pion. Il va apporter sa marque en faisant appel à un autre élément de La Peste et la vigne, le peuple des Arces, qui lui avaient laissé une chance de les revoir.

Mais ce n’est pas tout, d’autres personnages qui datent de L’Enfant de poussière vont faire leur réapparition dans ces pages. Je ne donnerai pas leurs noms, mais je signale juste que j’ai été ravi de les retrouver. Surpris pour l’une, moins pour l’autre. Mais, dans les deux cas, tout à fait convaincu par le rôle que Patrick K. Dewdney leur a trouvé. Cela coule de source et semble parfaitement naturel. L’auteur a la gentillesse (et l’habileté) de distiller juste ce qu’il faut de rappels pour ne pas lasser le lecteur qui vient de lire les précédents tomes, mais pour réveiller des souvenirs suffisants pour celui qui a lu les livres à leur sortie, voilà trois ans. Cela renforce la puissance de ce cycle que de tisser des liens très forts entre toutes les étapes de la vie de Syffe, tous les personnages qui l’ont fréquenté, qui l’ont changé.

Sieurs, si nous en avons fini avec les pissoteries, nous avons du pain sur la planche.

Un petit mot pour finir sur la couverture, encore superbe. Je parle, bien sûr, de celle de la version grand format, réalisée, comme les illustrations intérieures, par Fanny Etienne-Artur. Elle parvient à renouveler l’image, tout en gardant une architecture commune, avec l’arrivée du reflet de l’arbre cette fois-ci. Sur une étagère, les trois côte à côte donnent une impression de saisons qui s’écoulent, un petit coin de nature échappé du livre pour s’offrir à nos yeux. Superbe !

À ceux qui ont lu et aimé le début de ce cycle, n’hésitez pas : Les Chiens et la charrue, c’est du bon, de l’excellent même ! Un bon cru qu’on aime garder en bouche, afin d’en sentir tous les arômes, d’en découvrir la moindre subtilité. À ceux qui n’ont pas encore entamé la lecture du cycle, n’hésitez pas : foncez découvrir L’Enfant de poussière. Vous ne le regretterez pas !

Présentation de l’éditeur : Un chef-d’œuvre événement de la fantasy française. « La naissance d’une voix saisissante de clarté et d’authenticité dans le panorama de l’imaginaire français. » Nicolas Winter, Justaword / « Une des plus grandes sagas de ces dernières années. » Robin Bouder, Actualitté / « C’est le moment de vous plonger avec délectation dans cet incroyable cycle multirécompensé et appelé à devenir un classique français du genre. » Sylvie Loriquer, Libraire L’Attrape-cœurs / « Du grand art. » Librairie Millepages / « Une saga qu’on ne lâche pas ! » Librairies Ensemble / « Le récit de Patrick K. Dewdney se distingue par son ampleur narrative. » Clément Martel, Le Monde

Au Diable Vauvert – 9 septembre 2021 (roman inédit– 647 pages – 23 euros) / Epub – 12,99 euros

Merci aux éditions Au Diable Vauvert pour ce SP.

D’autres lectures : Gromovar, Les pipelettes, L’Atelier de Ramettes 2.1,

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