La peste et la vigne [Le Cycle de Syffe. 2], Patrick K. DEWDNEY

Syffe a grandi. Il est à présent un jeune homme. Mais Syffe est l’ombre de lui-même. En sursis. Fait prisonnier dans les dernières pages de L’Enfant de poussière, premier volume du Cycle de Syffe, il est devenu une loque humaine, un corps sans volonté propre. À peine celle de se battre pour survivre. Enfermé dans une mine sous la garde de geôliers sans aucune pitié, il ne parvient plus à trouver un motif suffisant pour résister aux conditions inhumaines de détention. Heureusement, un évènement tragique va survenir et lui permettre de retrouver un sens à son existence : aller à la recherche de Brindille.

Un démarrage un peu longuet

Mais avant de retrouver cette volonté, du temps va s’écouler. Et Patrick K. Dewdney va bien nous le faire ressentir. Ainsi que la solitude de Syffe, pendant tout le roman mais, surtout, dans sa première moitié. Et cela a fini par me paraître bien long. J’avais apprécié, dans le premier roman (L’Enfant de poussière), que l’auteur prenne son temps et décrive les paysages, en lien avec les sentiments des personnages. Mais entre le moment où Syffe est esclave et son passage dans les montagnes (petit spoil, mais sans gravité), j’ai trouvé le temps long. Le rythme était trop lent pour moi. Je me suis accroché et cela m’a été profitable, car la suite a connu une nette accélération et des révélations fort bienvenues. Mais ce début m’a considérablement échaudé.

Pourtant, il ne manque pas de qualités. L’écriture est toujours aussi belle et particulière, avec des images surprenantes, tout comme certaines tournures de phrases. Elle permet de pleinement s’imprégner de cette nature si présente dans les textes de Patrick K. Dewdney. Cet auteur a le don pour trouver quelle touche mettre en avant pour faire naître une atmosphère. Une image, un son, une odeur, voire un goût, et l’on est plongé dans le lieu, on se retrouve accroupi dans la forêt avec Syffe, on ressent la violence du froid dans les montagnes enneigées et sombres, on respire la peur des combattants. Et heureusement, donc, que l’écriture de Patrick K. Dewdney possède cette force, car je crois que j’aurais, sans cela, laissé le roman de côté pour un moment.

L’irruption de la magie

Et cela aurait été dommage, tant la suite m’a ramené dans l’histoire. Car une fois Syffe de retour, vraiment, quand il finit par vaincre tous les obstacles qui se dressent sur sa route (je reste dans le vague pour ne rien dévoiler, ou presque), quand il peut suivre la piste de Brindille, le récit m’a convaincu à nouveau. Même si un changement de ton est apparu. En effet, la magie, les créatures surhumaines (ou inhumaines), si elles n’étaient pas absentes du premier récit, avec le démon déïsi, par exemple, n’étaient là qu’en filigrane, à la marge. L’histoire, en elle-même, était extrêmement réaliste, ancrée dans un monde différent du nôtre, mais cohérent selon nos règles. Cependant, dans la deuxième partie de La peste et la vigne, on tombe plus franchement dans la fantasy. Et, même si cela n’était pas obligatoire pour moi, c’est bien tombé, car cela a donné un nouveau souffle au récit. Encore une fois, je préfère ne pas trop en dire, mais je signale tout de même que la fin a été une surprise pour moi et que j’ai retrouvé dans ces pages l’envie de poursuivre la lecture du cycle.

Et cela tombe bien, puisque le troisième volume est justement paru le 9 septembre. Et c’est peu dire qu’il est attendu. Par moi, entre autres. Car, une fois de plus, le roman s’achève sur un gros point d’interrogation et un Syffe en piteux état. Patrick K. Dewdney, comme je le disais à propos de L’enfant de poussière, maltraite énormément son personnage. À se demander comment il trouve la force de se relever à chaque fois. Non, on ne se le demande pas, car l’auteur nous le raconte, à chaque fois. Il expose (et de façon réaliste et réussie) les leviers qui ont permis à Syffe de redresser la tête et de continuer à vivre. Pour notre plus grand plaisir. Car, bien que j’ai moins apprécié la lecture de La peste et la vigne que du précédent, les qualités que j’ai évoquées plus haut (et la beauté de la couverture signée, comme les illustrations intérieures, Fanny Etienne-Artur) suffisent amplement à me convaincre qu’il m’est nécessaire de lire rapidement Les chiens et la charrue.

Présentation de l’éditeur : Adolescent sans famille, Syffe est réduit à l’esclavage, dans une époque de guerres et de grandes épidémies. Lorsque la peste s’abat sur les mines où il est prisonnier, il trouve l’occasion de prendre la fuite. Une seule idée l’obnubile, retrouver Brindille, son amour d’enfance, captive des énigmatiques Feuillus. Son périple mouvementé au travers des Primautés de Brune le conduira à se faire tour à tour instructeur, vagabond et mercenaire, tandis qu’il assiste, impuissant, aux tourments d’un pays déchiré par la guerre civile..

Au Diable Vauvert – 13 septembre 2018 (roman inédit– 601 pages – 23 euros) / Folio – 9 septembre 2021 (720 pages – 10,30 euros) / Epub – 12,99 euros

D’autres lectures : Les pipelettes, Une manette à la main, Gromovar,

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