Régulus [Second Œkumène .1], John CROSSFORD

L’empire va aborder une période de troubles : l’empereur, vieillissant malgré les traitements qui lui sont réservés, va bientôt laisser son trône à son fils. Et, comme souvent, celui-ci n’est pas à la hauteur de son géniteur. Le second Œkumène (c’est le nom de cet empire) voit donc les différents prétendants placer leurs pions : entre mise en avant d’agents favorables et élimination de candidats gênants, l’ambiance est au règlement de comptes. Certains tentent d’y trouver leur avantage, tandis que d’autres se contentent d’essayer de survivre.

Un univers classique, mais riche

On commence par un avertissement : la pentalogie du second Œkumène ne brille pas par son originalité. Mais ce n’est pas son but annoncé. Selon l’auteur, John Crossford (pseudonyme, on s’en doute, qui laissera place à la véritable identité de l’écrivain avec la parution du troisième tome, selon selon sa directrice d’ouvrage), et surtout l’éditeur qui l’annonce tel quel quand il en parle, cette saga (on parle bien de cinq tomes déjà prévus et dont les dates de parution sont arrêtées) est là pour divertir. Divertir de façon intelligente, mais pas révolutionnaire. Et c’est exactement ce qu’on découvre à la lecture de Régulus, le premier opus.

On a une série de systèmes solaires reliés entre eux grâce à des vaisseaux maîtrisant l’hyperespace. Mais cette technologie est, en principe (et c’est là l’un des enjeux de cette période troublée), réservée aux détenteurs du pouvoir. Même l’église toute puissante est obligée d’utiliser les lignes « commerciales » et donc de respecter les horaires. D’où les difficultés à conserver une foi unifiée, car avec l’isolement, les schismes se font légion. Ces systèmes sont asservis au pouvoir en place et lui doivent un tribu, impôt plus ou moins fort, mais qu’il n’est jamais agréable de payer (surtout quand on a dépensé la somme réservée à cet effet, comme le successeur du dirigeant d’Orosco). Or, pas mal de planètes sont en fait comme des entreprises de taille gigantesque : les habitants ne sont propriétaires de rien, mais doivent effectuer les taches qu’on exige d’eux,que ce soit le travail à la mine ou la gérance d’une auberge. Qui a dit que l’esclavagisme avait disparu ? En faisant du mauvais esprit, on pourrait dire que c’est ce à quoi rêvent certains (j’insiste, certains, pas tous) patrons qui aimeraient que les ouvriers soient capables de changer de poste et de lieu de travail selon les besoins, sans avoir leur mot à dire. Donc, quand les dirigeants doivent aligner la monnaie, où vont-ils la chercher, à votre avis ?

Et l’histoire, donc ?

Ben oui, c’est bien beau ces histoires de changement de pouvoir, mais cela ne fait pas un roman. John Crossford met donc en place plusieurs arcs narratifs, qui sont destinés à se croiser (certains se rencontrent d’ailleurs dans ce premier tome). On a tout d’abord Einar Dahl (de son vrai nom William Bolton-Dunn) un lointain descendant de l’empereur qui s’échappe juste avant de se faire assassiner sur les ordres de Wallace, homme puissant qui fait tout pour être empereur à la place de l’empereur. Einar va devoir se créer une nouvelle identité et aller de monde en monde, pour tenter, non de prendre le pouvoir, mais juste de survivre.

On a également Anya, une jeune alter aux pouvoirs naissants phénoménaux. Les alter ont des facultés qui intéressent (et effraient) les « normaux » : télépathie, télékinésie, etc. Par exemple, les vaisseaux militaires peuvent communiquer entre eux à travers l’immensité de l’espace grâce aux alter, car les radios ne fonctionnent pas sur de si longues distances. Mais ces individus ne sont pas traités comme des êtres humains, plutôt comme des objets : drogués, maltraités, torturés, voire exécutés quand ils ne servent plus ou ne sont pas assez puissants. D’ailleurs on découvre rapidement qu’ils sont « fabriqués » dans des laboratoires et « élevés » dans une sorte de pensionnat qui permet de repérer ceux qui feront de bons outils et les autres, qui servent d’humus au fond du jardin. Anya est différente des autres tant elle est puissante et multiplie les dons. Entre les mains de mauvaises personnes, elle pourrait conduire l’empire au chaos. Mais elle fera tout pour échapper aux monstres qui la détiennent.

On suit aussi un général issu du peuple et non de l’aristocratie méprisante (cela rappelle terriblement la saga d’Honor Harrington de David Weber, avec ces militaires issus de la noblesse, qui se cooptent même si le talent n’est pas au rendez-vous et qui, surtout, refusent toute émergence de personnes inférieures socialement). Lui ne veut pas le pouvoir, mais sait le danger que court le second Œkumène et fait tout pour le maintenir en vie. Tout comme lui d’ailleurs, car il se sait menacé. Lui a également recours aux alter mais se montre humain avec eux. C’est un des gentils chevaliers de l’histoire.

D’autres récits vont apparaître au fur et à mesure. Un autre arc au moins avec la mise en avant de l’église dans le roman. Catholiques qui ont reproduit le Vatican et ses certitudes, les prélats tentent de reprendre la main malgré les difficultés évoquées plus haut dues aux trop grandes distances et donc aux problèmes de gouvernance efficace. Mais John Crossford nous régale également de très nombreux personnages secondaires. Souvent bien vus, ils dynamisent l’histoire et apportent de la richesse à la narration.

Régulus, premier volume d’une série de cinq (pour ceux qui préfèrent attendre la fin de la parution, sachez que le cinquième tome doit être publié en novembre 2023, donc l’échéance est très proche : c’est un risque de la maison d’édition appréciable pour le lecteur), est d’une lecture très agréable. Si l’on ne s’attache pas trop à l’originalité de l’histoire ou à celle des personnages (un peu caricaturaux), et que l’on décide de se laisser porter, la saga du second Œkumène commence sur de très bonnes bases. Le deuxième roman, Orosco, paru en juin est déjà dans ma P.A.L. et il ne tardera pas à en descendre pour atterrir dans mes mains tant j’ai tourné les pages de Régulus avec envie et plaisir.

Les autres livres de cette série : le premier volume, Régulus ; le deuxième, paru en juin, Orosco ; le troisième, Providence, à paraître en novembre prochain ; le quatrième, Vatican, prévu pour mars 2023 ; et donc le dernier volume, Taraël, qui devrait nous arriver en novembre 2023.

Présentation de l’éditeur : — Aux confins de la Galaxie, l’empereur qui règne sur le second Œkumène se meurt. L’humanité stagne, une révolte larvée couve, et les ambitieux manœuvrent en coulisses. Face au chaos qui menace, quelqu’un peut-il encore sauver l’empire ? — Un fuyard terré aux confins de la Galaxie, un amiral qui tente d’insuffler un nouvel élan tactique à sa Flotte, un prêtre naïf en mission quasi inquisitoriale et une très jeune alter aux pouvoirs démesurés. Tous ont le triste privilège de vivre une « époque intéressante », où les rivalités politiques sont exacerbées par la mort prochaine de l’empereur. Face à l’injustice d’un système foncièrement inégalitaire, le choix s’offre à eux de préserver leur existence personnelle ou d’embrasser une cause plus grande. Mais pour cela, il faut déjà survivre !

Critic – 5 mai 2022 (roman inédit– 518 pages – Illustration : Djibril Morissette-Phan – 23 euros / numérique : 13,99 euros)

D’autres lectures : Les lectures du Maki, Kwalys (Drums n Books),


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