L’armada de marbre, Gareth L. POWELL

Quelques mois après avoir été réveillée, l’armada de marbre se cherche un commandant. Ce million de vaisseaux aux formes effilées comme des couteaux, comme des lames, avait obtenu, dans Braises de guerre, un but, grâce à Chien à problèmes : apporter la paix à l’humanité et à toutes les autres créatures de l’univers. Mais par quel moyen obtenir ce but ? Les intelligences artificielles qui chapeautent cette armée ont besoin d’un individu fait de chair et de sang pour prendre la décision finale. Qui va avoir ce privilège ? Et comment cela va-t-il se traduire, dans les actes ? Enfin, que sont ces formes étranges et menaçantes qui apparaissent dans l’hypervide lors des voyages longue distance ?

Des protagonistes appelés à se croiser à la fin

L’armada de marbre reprend quelques mois après Braises de guerre. Sal Konstanz continue à vivre avec son sentiment terrible de culpabilité suite à la mort d’un membre de son équipage par sa faute. Mais elle a trouvé avec l’entité appelée Chien à problèmes, ce vaisseau de guerre équipé d’une personnalité humaine, lui-même empli de culpabilité suite au massacre qu’elle a commis lors de la guerre précédente, une amie sur qui compter. Toutes deux se soutiennent pour aller de l’avant. Et elles vont avoir besoin de cette nouvelle complicité. Car les choses se gâtent dans le reste de l’univers. De son côté, Ona Sunak, la poétesse anciennement capitaine ayant ordonné le massacre de Pelpatarn, est en passe d’être enfin exécutée pour son crime.

Comme je le disais en introduction, l’armada de marbre se prépare à agir. Elle a un but. Il lui faut maintenant y parvenir. La question est : comment ? Le choix d’un chef va être déterminant. Je ne vais donc pas divulguer son nom, ce serait divulgâcher. Dans un autre lieu, un navire de pirates, ou l’équivalent, version minable, se prépare à tenter un coup bien trop grand pour lui. Le commandant, Johnny Schultz dit « le Verni », est un jeune homme qui va comprendre trop tard qu’il n’aurait pas dû tenter de s’attaquer à l’Irrépressible Envie, un artefact nymtoq (des extra-terrestres qu’il ne faut pas trop chatouiller si on veut éviter un conflit violent). Et il va se retrouver au milieu de quelque chose qui le dépasse (cela rappelle un peu le type de scénario de Braises de guerre, le premier volume de cette trilogie). Car dans l’ombre, une forme de vie étrange et menaçante plane. Elle commence à s’en prendre au Fantôme de Lucy, le vaisseau de Johnny. Et elle ne s’arrêtera pas là.

Même recette. Et alors ?

Comme je le sous-entendais plus haut, L’armada de marbre reprend un peu le schéma général du premier tome. Plusieurs groupes mènent leur vie de leur côté et vont finir par se retrouver sur un artefact extra-terrestre (même si celui-ci, à la différence de celui du premier roman, on en connaît la finalité dès le début). Les anciens conflits restent présents dans les mémoires et sont la base des actions futures. Les personnages, déjà bien amochés au début de Braises de guerre ne vont pas beaucoup mieux, d’autant que d’autres évènements ont eu lieu pour leur enfoncer encore un peu la tête sous l’eau. On pourrait donc se dire que Gareth L. Powell ne s’est pas trop cassé la tête et s’est contenté de recycler ses recettes sans faire preuve de grande originalité.

Mais on aurait tort. Car l’auteur, en fait, prolonge ses réflexions et, sans se répéter, avance dans la narration de ses personnages, dans la construction de son univers. On ne bégaie pas ici, on progresse : Sal, même si certains accidents semblent se reproduire, ne réagit pas de la même manière. Elle s’affirme, elle affronte son passé et les traumatismes qui l’ont marquée. Elle se construit malgré tout cela et se renforce. Par elle-même. Et grâce à l’aide de ses coéquipiers. Dont le toujours occupé Nod. Qui nous réserve une surprise. Enfin une douzaine de surprises. L’armada de marbre était à peine ébauchée. La voilà qui prend de la profondeur : on comprend mieux ses rouages. Même s’il reste encore bien des mystères à résoudre dans le prochain et dernier tome, L’éclat d’étoiles impossibles. Et Ona Sunak, toute enfermée dans ses certitudes, va devoir remettre en perspective ses idéaux et les moyens d’y parvenir. N’est-elle pas déjà allée trop loin ? Enfin, les nouveaux personnages, appelés à remplacer ceux qui sont décédés ou ont disparu dans le roman précédent, sont réussis et prennent rapidement leurs aises dans les pages de ce récit. Même si certains ne font pas de vieux os, on les découvre avec satisfaction et on attend de comprendre leur futur rôle avec impatience (même si cela arrive vite et, rapidement, on comprend qui va y passer et qui va tenir jusqu’au bout dans ce jeu de massacre).

Parfois, être adulte, ce n’est pas seulement accepter la responsabilité de ses actes : c’est également prendre soin de ses amis, de sa famille, voire de son espèce tout entière.

L’armada de marbre, comme Braises de guerre est un roman distrayant, qui ne bouleversera pas l’ordre de l’univers, mais qui permet de passer un très bon moment. Gareth L. Powell a su créer des personnages crédibles et attachants, qu’on a plaisir à suivre. Ses intrigues, sans être d’une grande complexité, tiennent la route et je ne me pose pas la question de savoir si je lirai le dernier tome de la trilogie. C’est évident. Et plutôt deux fois qu’une !

Les autres livres de cette série : le premier volume, Braises de guerre ; le deuxième, L’armada de marbre ; et enfin le troisième et dernier volume, L’éclat d’étoiles impossibles.

Présentation de l’éditeur : Entre la guerre et la paix, un seul rempart : le Chien à Problèmes. Un an s’est écoulé depuis les événements de la Galerie et la réapparition de l’armada de Marbre, dont les vaisseaux sont restés en sommeil pendant cinq mille ans à l’intérieur d’un univers de poche. Grâce à elle, la paix entre les Extérieurs et le Conglomérat semble définitivement acquise. Pourtant, un vaisseau, le Fantôme de Lucy, aurait été la cible de mystérieuses créatures jaillies de l’hypervide. Le Chien à Problèmes et son équipage n’hésitent pas à répondre à son appel et à lui porter secours. Mais, malgré leur neutralité, ce qu’ils vont découvrir pourrait bien annoncer une nouvelle guerre entre les deux factions ennemies. Sans que l’on sache quelle sera alors la réaction de l’armada de Marbre. Les personnages hauts en couleur qui faisaient la force de Braises de guerre sont de retour pour de nouvelles aventures riches en rebondissements et en batailles spatiales enlevées.

Denoël, collection « Lunes d’encre » – 14 avril 2021 (roman traduit de l’anglais par Mathieu Prioux –Fleet of Knives (2019)– 384 pages – Illustration : Alain Brion – 23 euros / poche : Folio SF n°705 – 12 mai 2022 – 8,70 euros / numérique – 8,49 euros)

D’autres lectures : Sylvain Bonnet (Boojum), Louis – CINAK (SyFantasy),


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