Les Galaxiales, Michel DEMUTH (et d’autres)

Et les humains essaimèrent à travers la galaxie… Mais tout cela ne fut pas bien facile. Les difficultés se multiplièrent, de tous ordres : techniques, naturels. Et, surtout, humains : rivalités, ambitions, volontés d’hégémonie. Tout cela sur plus de deux mille ans. En route pour une fresque haute en couleurs et en émotions !

Une histoire à plusieurs

Michel Demuth, pour moi, c’était surtout un nom. Parmi les noms connus de cette époque lointaine des années 60-70 : Alain Dorémieux, Gérard Klein par exemple. Même en me creusant la cervelle, pas facile de trouver un titre qui m’aurait marqué. La faute à ma mémoire, sans doute. En attendant, j’étais intrigué par ce qu’on présente comme une histoire du futur à la française. Alors que toutes celles dont j’avais entendu parler (et celles dont parle la très éclairante préface de Richard Comballot) étaient américaines : Les Seigneurs de l’instrumentalité de Corwainer Smith que j’avais adoré, L’Histoire du futur de Robert Heinlein dont j’avais lu des parties. Alors j’ai été intrigué par cette version tricolore. Et intéressé par le pari de l’éditeur, Le Bélial’, qui a voulu la compléter. Car Michel Demuth, s’il en avait bâti le plan, n’a jamais rédigé toutes les nouvelles prévues. En effet, ses tâches de traducteur et d’éditeur ne lui en ont pas laissé la liberté. Le pari a donc consisté à demander à plusieurs auteurs français actuels d’écrire ces textes afin de terminer le cycle. S’y sont donc collés, avec succès selon moi, Ugo Bellagamba, Christian Léourier, Colin Marchika, Olivier Bérenval, Richard Canal, Joëlle Wintrebert, Dominique Warfa, Jean-Jacques Girardot et Jacques Barbéri. On a trouvé pire, comme casting !

Futur au passé

Comme dans les récits du cycle de Fondation d’Isaac Asimov, on trouve en exergue une court passage tiré, dans le cas présent, des Galaxiales, encyclopédie relatant les évènements marquants de cet univers imaginé par Michel Demuth et qui court sur plusieurs millénaires. Plus précisément dans une histoire qui s’étend de 2020 à 4000 et plus de notre ère. Dans une suite de nouvelles (trente pour être précis), Michel Demuth (et ses condisciples) dresse un portrait de ce qu’aurait pu être notre futur, si nous étions encore dans les années 60. Intéressant de voir comme les idées de l’avenir ont changé en quelques années. Dans cette SF, les planètes conquises sont luxuriantes, avec des plantes aux couleurs étranges, aux formes acérées. Elles sont la plupart du temps hostiles aux colons, par essence ou par volonté de lutter contre l’envahisseur. Ou pour se défendre, comme dans « La Course de l’oiseau Boum-Boum ». Cependant, l’ennemi principal des voyageurs de l’espace, ce ne sont pas les locaux, mais les humains eux-mêmes. Les siècles avançant, de nouveaux centres de pouvoir naissent : Mars, Vénus, puis d’autres planètes lointaines. Sans oublier l’église qui possède la première la possibilité de se transporter instantanément d’un endroit à un autre. Technique qui n’est pas sans danger, car les premiers usagers peuvent être victimes de l’effet du Labyrinthe, atroce trouvaille et en même temps formidable sur le plan littéraire. On le retrouve disséminé à travers nombre de textes tout au long du recueil.

Il y a pire que la souffrance, dit l’officier. C’est le désir insatisfait.

Un style qui change

Le style et les sujets d’intérêt varient à travers les âges. Je ne sais pas quand ont été publiés les différents textes et je n’ai pas le courage d’aller vérifier sur Internet (j’aurais d’ailleurs bien apprécié que cela soit indiqué, même si je peux comprendre la volonté de ne pas altérer la progression chronologique par ce genre de renseignement). Les premières nouvelles sont rapides et efficaces : l’action domine et les surprises finales semblent la marque de fabrique de l’époque. Mais plus on avance dans le recueil, plus les descriptions se font importantes. Plus le sens se cache derrière des passages obscurs. Au milieu du livre, j’ai eu un peu peur que cela ne devienne trop « conceptuel » pour moi. Et j’ai vu arriver avec soulagement les premiers récits écrits par quelqu’un d’autre que Michel Demuth. « L’Île aux Alices », par exemple, m’est resté assez opaque. Mais l’arrivée des co-auteurs a tout changé. Reprenant les thématiques et parfois les personnages de Michel Demuth, ils ont prolongé brillamment l’histoire de leur prédécesseur, en la rendant accessible à un lecteur du XXIe siècle. Toujours des éléments de décor exotiques, toujours des personnages marqués, mais moins de paragraphes où je me suis perdu. Et l’irruption progressive et assez mystérieuse de la figure de l’Autre, préparée peu à peu, mais vraiment jamais venir au premier plan. Il devait être là mais pas au centre de l’histoire. Juste vers la fin.

Ces Galaxiales ont été pour moi une découverte. Découverte d’un futur passé, d’un avenir légèrement désuet. Mais surtout moments d’émerveillement devant des trésors d’imagination. Moments de grâce lors de descriptions entraînantes et magiques. Moments de joie et de tristesse, surtout (la tonalité de l’œuvre est assez morose : Michel Demuth n’est pas tendre avec ses protagonistes), pour certains personnages. Un beau cadeau à faire, ou à se faire, d’autant que la couverture de Druillet ne laisse pas indifférent. Un beau livre dans lequel il est agréable de se perdre.

Présentation de l’éditeur : Dix-neuf nouvelles publiées en l’espace de quinze ans. Soit la première histoire du futur jamais écrite en langue française : une plongée vertigineuse de deux millénaires qui révolutionne l’histoire de la science-fiction hexagonale. Un projet demeuré inachevé. Qui trouve ici, enfin, sa complétude, sous la plume d’un quorum d’auteurs à jamais marqués par Les Galaxiales : Jacques Barbéri, Ugo Bellagamba, Olivier Bérenval, Richard Canal, Jean-Jacques Girardot, Christian Léourier, Colin Marchika, Dominique Warfa, Joëlle Wintrebert. Traducteur du Dune de Frank Herbert ou de 2001 : l’odyssée de l’espace d’Arthur C. Clarke, rédacteur en chef de la revue Galaxie, éditeur, Michel Demuth (1939-2006) est l’une des grandes figures tutélaires de la science-fiction française. Les Galaxiales, saluées par le Grand Prix de l’Imaginaire en 1977, représentent son chef-d’œuvre.

Le Bélial’, collection « Kvasar » – 17 novembre 2022 (30 nouvelles en partie inédites – Illustration : Philippe Druillet– 666 pages – 29,90 euros / numérique : 15,99 euros)

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