Hors-Série n°5 (2022) de la collection UHL

Le nouveau Hors-Série de la sublime collection UHL (Une Heure-Lumière) des éditions du Bélial’ est arrivé le mois dernier. C’est le cinquième. Nom de code : HS5. Pour ceux qui n’en connaissent pas le principe, il faut acheter deux titres de la collection et votre libraire, s’il participe à l’opération, vous l’offre gratuitement. L’occasion de découvrir le catalogue, une surprise et, surtout, une nouvelle inédite. Cette année, le texte est signé Priya Sharma, l’autrice du poétique et poignant Ormeshadow.

L’édito

À tout seigneur tout honneur, on commence par l’édito du directeur de la maison d’édition : Olivier Girard. Le texte est court. Il présente la nouvelle et rappelle l’intérêt de cette collection. En effet, Le Bélial’, le premier, a donné sa chance à ce genre de textes que représente la novella : entre la nouvelle et le roman, elle est très présente dans le monde littéraire anglo-saxon. Beaucoup moins en France. Et pourtant, on n’y trouve que des avantages, comme le rappelle Olivier Girard : « Le format même du court roman, moins gourmand en fabrication, plus économe, en papier comme en traduction (quand il y en a une), libère la prise de risque. Pour l’éditeur, mais, finalement, pour le lecteur aussi (moins d’argent investi, moins de temps consacré). » (J’ai déjà utilisé cette citation dans ma critique du Suprême sacrifice de Jack Campbell, car je l’aime bien.) Et c’est vrai que j’hésite bien moins à me lancer dans la lecture de ces courts récits que dans un de ces pavés, parfois passionnants, mais parfois aussi indigestes. Temps et argent sont mis dans la balance et cela tourne souvent à l’avantage des novellas. D’autres éditeurs ont été convertis à ce mouvement : L’Atalante, avec son Journal d’un AssaSynth par exemple. Ou La Volte avec sa (très peu fournie) collection Eutopia (dont Collisions par temps calme de Stéphane Beauverger).

La nouvelle : une bonne claque

J’ai découvert Priya Sharma, comme beaucoup j’imagine, en lisant sa novella publiée dans la même collection : Ormeshadow (n°29 – avril 2021). Le texte m’avait intrigué par son rythme tranquille et, surtout, sa grande sensibilité. Mais aussi sa terrible noirceur. Les relations familiales étaient dures, violentes, sans espoir réel. Et j’ai retrouvé ces deux derniers points dans « Des bêtes fabuleuses », récit publié originellement en 2015 et couronné par le British Fantasy Award. À juste titre, comme je vais l’expliquer à présent.

Cette nouvelle est l’occasion de découvrir l’histoire d’une jeune fille dont on devine assez rapidement qu’elle a réussi. De quelle manière ? Ce sera suggéré, à peine, sur la fin. Alors, qui est Eliza, de son vrai nom Lola ? Une jeune fille non désirée qui vit dans une famille éclatée, où la violence est latente. Elle est seule avec sa mère et sa tante, qui vient d’accoucher. Sa cousine et elle vont devenir inséparables malgré d’énormes différences, tant physiques que morales. Mais on sent, je parlais de violence latente, une présence forte et inquiétante peser sur cette association qui fonctionne tant bien que mal. C’est Kenny, dont le rôle apparaît peu à peu (donc je n’en dis pas plus). Sur cette histoire se greffe le côté fantastique : les serpents sont très présents dans cette histoire. Et à nouveau je m’arrête, car un des plaisirs est celui de la découverte progressive des pièces de ce puzzle.

Puzzle, car Priya Sharma a construit très habilement son récit. On navigue entre le présent et le passé, voire les passés. Tout se met en place avec finesse, sans que tout soit dit avec force, mais plutôt suggéré avec délicatesse. Délicatesse bienvenue dans une histoire d’une violence permanente, sous-tendue. Ici, on ne vous assène pas des coups, on vous plonge dans un bain d’acide suffisamment bien dosé pour vous faire souffrir sans vous tuer. On sent venir les malheurs. On comprend ceux qui ont déjà eu lieu. Et, comme dans une tragédie, on ne peut rien faire. Et la force de l’autrice, c’est de rendre cela attirant malgré tout. Et plaisant à lire. Car j’ai pris un immense plaisir à lire « Des bêtes fabuleuses ». Et ce n’était pas gagné, car j’ai tendance à rester éloigné de ce genre de récits mettant en scène des familles douloureuses comme celle de Lola.

Une guide de lecture original et savoureux

Pour terminer et ne pas se contenter de seulement nous asséner la liste des titres déjà parus, l’éditeur a fait appel à une blogueuse émérite, Vanille, qui tient le blog La bibliothèque derrière le fauteuil. Elle avait déjà proposé des menus pour piocher, selon l’humeur, dans le catalogue maintenant riche de la collection. Pour l’occasion, elle s’est fendue de 17 menus de cinq volumes chacun. Exercice de style très réussi, qui donne envie de redécouvrir même des textes déjà lus.

Déplacé depuis deux ans en juin, l’opération UHL est toujours très attendue. Par moi et, apparemment, par pas mal de lecteurs et lectrices. Cette année encore, j’ai pris grand plaisir à découvrir ce catalogue au contenu augmenté, avec un texte d’une grande qualité qui me force à poser la question : à quand la publication du recueil de Priya Sharma dont est issue « Des bêtes fabuleuses » ? Et sinon, vivement l’année prochaine !

Présentation de l’éditeur : Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres… C’est aussi le nom d’une collection de bientôt quarante titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui s’est bâti un statut de référence dans le paysage hyper-saturé des littératures de genre. Si Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux, nos hors-séries fêtent Une heure-lumière et ses auteurs emblématiques. Dont ici Priya Sharma, qui a offert à cette même collection un court roman remarquable, Ormeshadow, lauréat des prix Shirley Jackson et British Fantasy. Une heure-lumière… au cœur des ténèbres !

Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière » – 26 mai 2022 (novella traduite de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel –Fabulous Beasts (2015)– 110 pages – Illustration : Aurélien Police – gratuit pour l’achat de deux UHL)

D’autres lectures : Le culte d’Apophis, François Schnebelen (la Yozone), Baroona, Xapur, Feyd Rautha (L’épaule d’Orion), Yuyine,


4 réflexions sur “Hors-Série n°5 (2022) de la collection UHL

  1. « à quand la publication du recueil de Priya Sharma dont est issue « Des bêtes fabuleuses » ? » : Oui. Oui. Et re-oui.
    Et pleinement d’accord avec tout ce que tu dis du texte, c’est vraiment incroyable de réussir à asséner autant de violence avec autant de douceur.

    Aimé par 1 personne

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