Rive droite, Pierre BORDAGE

Pierre Bordage poursuit son exploration du métro parisien après le conflit nucléaire qui a transformé la surface en zone irradiée impropre à toute vie humaine. Pendant que les conflits prennent de l’ampleur Rive Gauche, un petit groupe a rejoint la Rive Droite et découvre un zone aux multiples dangers. Claustrophobes, s’abstenir !

Post-apocalypse

Comme nous l’avons découvert dans Rive Gauche (qu’il faut donc avoir lu pour profiter de ce roman) et, de façon plus détaillée, dans Rive Droite, la Terre a subi un conflit nucléaire, détruisant toute vie à la surface de la planète. Seuls ceux qui se sont réfugiés dans des souterrains ont survécu. Comme ceux qui sont allés dans le métro parisien et dont nous découvrons quelques traces dans un journal, témoignage précieux de cette catastrophe et des premiers pas des survivants (dans le premier roman de cette trilogie, l’auteur ne nous avait quasiment rien dit à ce propos, se concentrant sur la géopolitique des tunnels et de leurs habitants). Ensemble, ils ont fini par créer des communautés afin de mettre en commun les ressources et d’imaginer un avenir. Cependant, les querelles d’ego aidant, le groupe unique a fini par se fissurer, créant ainsi des mini-sociétés multiples, diverses. Aux relations pacifiques ou conflictuelles, tendues ou apaisées, mais dans un équilibre qui permettait jusqu’ici de maintenir un raisonnable statu quo.

Quand les ego s’en mêlent… encore

Les ambitions de plusieurs chefs se heurtent finalement. Déjà exacerbées dans Rive Gauche, elles entrent en conflit dans ce roman, entraînant complots et meurtres, attaques militaires et arrestations arbitraires. Les anciens subordonnés trahissent leurs anciens chefs, Les alliances se multiplient, mais sans assurance d’être pérennes. Et, haut dessus de tout cela, en quelque sorte, Madone poursuit son voyage pour rallier toutes les tribus derrière son idée de démocratie, loin de la théocratie meurtrière de Parn ou de la Petite-Chine aux mains de quelques vieillards concupiscents. C’est ce parcours qui lance les conflits, qui exacerbe les passions et les tentations de pouvoir. L’ambiance devient électrique, explosive. Rive gauche va-t-elle résister à toutes ces tensions ?

Les mandars se foutent des usages en vigueur dans Rive Gauche, répondit-il d’une voix plus grave. Ils ne se basent que dur un seul critère : le rapport de force.

Une nouvelle rive

Et pendant ce temps, donc, Juss et Plaisance, accompagnés de « Prof » et Aube (là encore, si vous n’avez pas lu Rive Gauche, vous n’allez pas comprendre grand-chose) découvrent l’autre côté de la Seine après un trajet périlleux. Et ils vont parcourir des tunnels habités de manière bien différente de ce qu’ils connaissaient jusqu’ici. Je préfère ne pas trop en dire pour ne pas déflorer vos découvertes, mais sachez que Pierre Bordage profite de ce changement de lieu pour enrichir sa faune et son panel de groupes humains de façon assez réussie. Il maintient l’intérêt et met en place ses pions pour le dernier roman, Cité, dont j’espère la parution rapide.

Proche de Glukhovsky, mais assez loin quand même

Mais quid de Metro 2033 ? Si Pierre Bordage a repris les codes de l’univers de Dmitri Glukhovky, il l’a tordu à sa manière. Et l’a fait rentrer dans sa vision du monde et de l’humanité. On oublie les grandes envolées métaphysiques de l’auteur russe. Plus non plus de cette peur animale que j’ai pu ressentir en lisant la trilogie originale, avec la croyance presque mystique de tunnels vivants, comme un immense organisme. Plus enfin de mutants effrayants et angoissants. Chez Bordage, les mutants sont des victimes, menacées de massacre par les puissants et autres religieux intégristes (toujours cette force de la religion chez cet auteur). Chez lui, le trajet d’une station à l’autre est parfois périlleux, mais ne donne lieu qu’à des descriptions rapides, quelques lignes tout au plus. Alors que chez Glukhovky, cela pouvait durer des pages tant le danger était partout présent. Pour l’auteur français, le danger vient avant tout des autres humains et de leurs sentiments égoïstes et mortifères.

Et si j’ai été surpris à la lecture du premier roman et, ne le cachons pas, un peu déçu, la greffe avait pris pour Rive Droite et j’ai profité avec un grand plaisir de cette plongée dans les souterrains parisiens. Vivement la fin !

Présentation de l’éditeur : En 2033, les humains ont été chassés de la surface, désormais inhabitable.
À Paris, les survivants se sont réfugiés dans les profondeurs du métropolitain. Des communautés sont installées au niveau de certaines stations de Rive Gauche, plus ou moins en contact, souvent en conflit ; la surface est crainte parce qu’irradiée ; Rive Droite est un lieu maudit, laissé à la merci d’une faune sauvage monstrueuse.
Dans les méandres des boyaux de Paris, à défaut de lumière, les émotions sont plus vives, les rancœurs plus tenaces, les haines plus exacerbées. Une œuvre sombre et baroque, en trois volumes : Rive Gauche, Rive Droite, Cité.

L’Atalante, coll. « La dentelle du cygne » – 11 mars 2021 (roman inédit – 458 pages – 23,90 euros)

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2 commentaires sur “Rive droite, Pierre BORDAGE

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