L’Âme des Parangons, Pierre GRIMBERT

Les parangons sont de retour. Enfin, pas vraiment les mêmes. Mais d’autres femmes et hommes, choisis par on ne sait quelle puissance, pour représenter l’humanité. Comme dans Le Sang des Parangons, un groupe va devoir lutter, voire se sacrifier, pour sauver les autres. Mais cette fois, ce ne sont pas des guerriers et des mages choisis pour leur force et leur pouvoir. Ce sont des bagnards, libérés grâce à une tempête de sable phénoménale.

Le même principe

Précisons-le tout de suite : lire Le Sang des parangons n’est pas une obligation pour attaquer L’Âme des Parangons. Malgré la proximité de titre, le parallélisme de structure et le même univers, les deux histoires sont quasiment indépendantes. En fait, L’Âme des Parangons se déroule bien après Le Sang des parangons. Point. On n’en parle plus (ou presque).

Le récit commence dans le chaos le plus absolu : une tempête de sable a désorganisé un convoi de bagnards. Certains prisonniers, certains gardes se retrouvent ensevelis sous des vagues de sable. Les chaînes qui les relient deviennent des pièges meurtriers. Seuls quelques dizaines survivent à ce phénomène surprenant par sa force. Les voilà donc libres, mais au milieu du désert, sans eau (les animaux de bât se sont enfuis, bien sûr). Malgré ces conditions extrêmes, la solidarité n’est pas de mise. Les pulsions quasi animales dominent les rescapés qui se battent entre eux jusqu’à ce qu’un autre évènement exceptionnel ne les calme : une ville apparaît hors du sol. Une gigantesque cité sort du sable, sans habitant, mystérieuse. Une seule solution, partir l’explorer en espérant y découvrir de l’eau pour faire le voyage jusqu’à la civilisation.

Jusqu’au bout

Et, comme dans Le Sang des parangons, commence le jeu de massacre. Les bagnards se répartissent en groupes, par affinités (ou calculs), puis s’égayent dans les rues antiques. Mais, on s’en doute, chaque recoin recèle un danger. Et, malgré les apparences, ils ne sont pas seuls. D’étranges créatures hantent les lieux. Avides de nouvelles rencontres…. La narration est vive et les temps morts quasi inexistants. Pierre Grimbert réunit une nouvelle fois une galerie de personnages tous plus torturés les uns que les autres : assassins assumant parfaitement leur passé violent, innocents (ou se croyant tels) passant leur temps à ressasser leurs mauvaises actions. Mais la gamberge est rapide, car la ville ne laisse que peu de temps à ses hôtes pour faire de l’introspection. Le temps file et le manque d’eau impose une trouvaille miraculeuse rapide.

Malgré ce danger mortel qui plane au-dessus d’eux, il est intéressant de voir combien certaines personnes, hommes ou femmes, ne peuvent s’empêcher de faire des calculs pour obtenir des richesses, le pouvoir. Malgré la mort qui rôde, certains semblent incapables d’apprendre. Et nous nous trouvons devant un des grands intérêts de ce roman : les portraits de femmes et d’hommes perdus dans leurs pulsions, perdus dans leurs doutes, perdus dans tout leur être. Comme dans Le Sang des parangons, Pierre Grimbert change de personnage à chaque chapitre (et ils sont courts, les chapitres : entre trois et cinq pages en moyenne). L’action n’a donc pas le temps de s’appesantir. Car ils sont nombreux. Et pourtant, on les connaît tous sans les confondre (et, je le répète, je ne suis pas bon en personnages : quand ils sont trop nombreux, je les mélange régulièrement). On comprend rapidement leurs motivations, leurs buts. Leurs interactions sont d’une grande richesse. Et d’une grande violence. Mais toujours justifiée. Ce n’est pas un portrait flatteur de la nature humaine mais, après tout, ce sont des bagnards. Pourtant, certains vont se montrer capables de belles choses. Contraste salvateur entre les comportements.

Eh bien, toutes les légendes de l’humanité sont reliées suivant le même principe. Et après en avoir entendu des milliers et des milliers, tant et si bien que ma vie en semble remplie, il me paraît possible d’en lire la trame cachée. Je suis donc convaincue que la plupart de ces histoires n’ont pas été inventées pour nous distraire ou contrôler nos fils et nos filles, mais pour nous mettre en garde contre des dangers bien réels. Au fil des siècles, nous avons seulement oublié ce message. Il a été dénaturé, vidé de son sens, à mesure qu’il passait de bouche à oreille.

Pour ceux qui, comme moi, ont déjà lu Le Sang des parangons, ce nouveau roman a par moments un air de déjà vu. On reconnaît quelques trucs, quelques ficelles. Et cela limite un peu la surprise, donc le plaisir. Mais Pierre Grimbert a su se renouveler et, malgré les parallèles, ne pas écrire deux fois le même roman. L’Âme des Parangons permet de découvrir d’autres personnages, d’autres motivations. Et le ressort ultime est différent, le dénouement dissemblable. C’est une lecture que je recommande donc sans hésiter, tout en souhaitant que l’auteur ne s’arrête pas en si bon chemin et continue à nous faire profiter de sa plume.

Présentation de l’éditeur : On les avait condamnés au bagne, sans espoir de retour. Une centaine d’hommes et de femmes, enchaînés, alignés dans le convoi les menant vers leur dernière demeure. Des individus issus de tous les royaumes, et coupables – le plus souvent – des crimes dont on les accusait. Mais au cours de cet ultime voyage, le destin devait en décider autrement. Lors d’une terrible tempête de sable, aveuglant les gardiens, rendant les bêtes folles de terreur, les prisonniers se retrouvent libres à nouveau. Mais dénués de tout, dans des territoires inhospitaliers, livrés à eux-mêmes, à leur sauvagerie, à leurs différences, à leur soif de paix… ou de vengeance. La tempête a aussi exhumé les ruines d’une cité si ancienne qu’aucune carte ne la mentionne. Est-ce le signe que certains attendaient ? Une chance unique d’établir une communauté de repentis, de racheter leurs âmes ? Ou une occasion inespérée de fonder un royaume de brigands ? Et de prendre leur revanche sur l’injustice dont ils ont souffert…

Mnémos – 5 juillet 2023 (roman inédit– 286 pages – Illustration : Matteo Bassini – 21,50 euros / numérique : 9,99 euros)

Merci aux éditions Mnémos (Estelle Hamelin) pour ce SP.

D’autres lectures : Boudicca (Le Bibliocosme)

Cette chronique fait partie du Challenge S4F3 2023 (3ème lecture).


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