L’Étrange traversée du Saardam, Stuart TURTON

Vous aimez les mystères mâtinés d’un zeste de surnaturel ? Vous adorez voir des personnages aux caractères bien trempés s’écharper, poussés à des actions violentes par leur passé mystérieux ? Vous recherchez des intrigues solides, pleines de rebondissements et de surprises ? Vous trouvez que le huis clos, c’est trop de la balle pour les enquêtes « policières » ? Alors n’hésitez pas : embarquez sans délai pour L’Étrange traversée du Saardam.

Un polar fantastique ?

Dès le début du roman, pèse l’ombre d’une malédiction. À peine l’auteur nous a-t-il présenté celui qui sera le personnage principal de son histoire, le lieutenant Arent Hayes, qu’une terrible menace est lancée contre le Saardam et tous ses passagers : un lépreux monté sur une caisse annonce l’échéance funeste. Puis, sa robe prend feu et il meurt, incapable d’en dire plus, puisqu’il a la langue tranchée ! Mais comment a-t-il pu s’exprimer auparavant ? Première surprise d’une longue, très longue liste. Quoiqu’il en soit, l’embarquement a lieu, puis le départ. Cependant, dès que la voile paraît, on y découvre un symbole étrange que les protagonistes apprendront rapidement à craindre : une œil doté d’une queue. Le symbole d’Old Tom ! Un démon terrible qui accepte de rendre tous les services imaginables contre des souffrances à n’en plus finir. Car Old Tom aime les tortures, les cris, les pleurs. Et, par-dessus tout, il connaît l’âme humaine et les noirceurs qui s’y cachent. Il joue de cette corde pour obtenir ce qu’il désire. Face à lui se dresse un policier, sorte de Sherlock Holmes avant l’heure : Samuel Pipps. Ses méthodes, comme celles du fameux détective anglais, sont faites de déductions admirables et d’analyses subtiles. On est donc bien face à un roman policier aux teintes surnaturelles.

Mais avec des règles propres

Sauf que Stuart Turton aime bien tout bouleverser. Il s’est créé un super détective. Trop facile ! Dès les premières pages, on apprend que ce dernier va être neutralisé, inutile pour l’enquête. Pourquoi ? On l’ignore de façon exacte. On sait juste qu’il est censé avoir commis quelque chose de tellement terrible qu’il doit être ramené manu militari à Amsterdam, sans pouvoir communiquer avec le reste des passagers. À fond de cale, donc ! Exit le héros ! Il nous en faut un nouveau : il va falloir faire avec le lieutenant Arent Hayes, homme de main et ami de Samuel Pipps. Celui-ci place beaucoup d’espoir dans son « élève ». Mais Arent, montagne de muscles, légende sur les champs de bataille tant ses exploits (réels ou un peu fantasmés ?) ont défrayé la chronique, ne s’en sent pas capable. Et il faut dire que l’énigme qui se présente à lui est complexe et, surtout, ne lui laisse pas beaucoup de temps pour réfléchir.

Un thriller aussi ?

Car le rythme est plutôt élevé. J’ai lu dans certaines critiques qu’on relevait des temps morts. Je n’ai pas trouvé, pour ma part. Juste des moments où l’auteur met en place un nouveau personnage ou approfondit les relations entre deux d’entre eux, histoire de préparer la surprise finale. Dans l’ensemble, les surprises se suivent, renforçant l’emprise d’Old Tom sur le navire et ses passagers. Je dois même dire qu’au contraire, au bout d’un moment, j’ai même trouvé que cela faisait beaucoup. On n’est pas dans la légèreté : Old Tom est un monstre qui exige de nombreux sacrifices, particulièrement horribles si possibles. Amis des animaux, tremblez ! Autrement dit, ça saigne, ça découpe, ça tue.

Verdict ? J’ai passé un bon moment à la lecture de ce roman aux limites des genres qui m’intéressent sur ce blog. Une fois la dernière page lue, comme souvent dans ce type de lecture, je me suis rapidement demandé si tout cela n’est pas un peu vain. Mais dans l’ensemble, je ne regrette pas le temps passé sur le Saardam, malgré certaines facilités dans les explications des mystères. Cela m’a presque donné envie de tenter une nouvelle fois de lire Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle (eh oui, je ne l’ai pas lu, celui-là), un ton au-dessus d’après ce que j’ai compris. Une bonne pioche, donc !

Présentation de l’éditeur : Après le succès des Sept Morts d’Evelyn Hardcastle, Stuart Turton est de retour. 1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire. Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements. Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et les phénomènes surnaturels se multiplient. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ? Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres. Vous aimez Jules Verne, Agatha Christie et Arthur Conan Doyle ? Avec ce nouveau puzzle aussi passionnant qu’étourdissant, Stuart Turton nous embarque dans une traversée diabolique, qui restera longtemps dans nos mémoires. Est-ce aussi jubilatoire que ça en a l’air ? C’est mieux encore !

Sonatine – 3 mars 2022 (roman inédit traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, The Devil and the Dark Water – 2020 – 592 pages – 23 euros / numérique 14,99 euros)

D’autres lectures : Le Papivore, Yvan (EmOtionS), Ma voix au chapitre, Un Bouquin sinon rien, Christlbouquine, Les Lectures de Maman nature, Sometimes a Book,


3 réflexions sur “L’Étrange traversée du Saardam, Stuart TURTON

  1. Tu es bien plus positif que les quelques avis que j’ai pu lire. Je serais curieux de savoir à quel point le fait de ne pas pouvoir comparer à son excellent premier roman a joué dans ce ressenti – ou dans celui de ceux l’ayant moins apprécié. Je ne vois qu’une manière d’avoir un potentiel élément de réponse : il faut que tu lises l’excellent « Les Sept morts… » maintenant. ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as parfaitement raison : n’ayant pas lu l’excellent « Sept morts… », je n’avais pas d’attente. Je vais donc, comme tu le suggères, vérifier cette hypothèse en lisant ce premier roman si merveilleux d’après pas mal de monde….

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