Simulacres martiens, Eric BROWN

Quand Sherlock Holmes croise la route des Martiens de H.G. Wells, le lecteur est certain de se voir embarqué dans une série d’aventures éblouissantes et réjouissantes. Surtout si le célèbre détective, accompagné de son fidèle Watson, s’envole pour la planète rouge, mêlé presque malgré lui à une intrigue aux ramifications gigantesques qui menace rien moins que l’humanité tout entière.

Deux univers connus

Eric Brown aime s’amuser. Je le sais depuis ma lecture réjouissante des Ferrailleurs du cosmos, paru aux éditions du Bélial’ dans cette collection Pulps que j’affectionne particulièrement (on y découvre les aventures du Capitaine Futur, ancêtre littéraire du Capitaine Flam). Et dans Simulacres martiens, il s’en donne à cœur joie en mélangeant deux des monstres les plus connus et sacrés des littératures dites de mauvais genres, à savoir les Martiens de La Guerre des mondes de H.G. Wells et le détective mondialement salué, Sherlock Holmes. On connaît le danger de ce genre de rapprochement, le résultat n’étant pas à la hauteur des espérances, les spécialistes de chaque camp protestant contre le manque de justesse de l’œuvre. Qu’en est-il ici ? Eh bien, on pourrait dire que le contrat passé avec le lecteur est réussi si on s’intéresse au divertissement. Un peu moins si on cherche une œuvre fouillée et réellement proche des originaux. Simulacres martiens est avant tout là pour distraire et il y parvient parfaitement.

L’intrigue

Sherlock Holmes est approché par le vice-ambassadeur de Mars en Grande-Bretagne. Euh… le vice-ambassadeur de Mars en Grande-Bretagne ? Qu’est-ce donc ? Il faut savoir que La Guerre des mondes ne nous raconte pas tout. En effet, après la première vague qui s’est terminée, comme on le sait, par la mort des envahisseurs, une deuxième vague est venue. Celle-ci ne venait pas du même continent martien que la précédente : les combattants auraient, selon eux, des mœurs plus doux et ne veulent pas la destruction de l’humanité, juste « travailler » avec elle. Mais en tout cas, elle était préparée à ce qui l’attendait. Autrement dit, les femmes et les hommes de la Terre ont été vaincus et les fameux tripodes exhibent désormais leurs gigantesques silhouettes dans les principales villes de la Terre. Présences menaçantes qui rappellent la puissance du nouveau maitre et évoquent les heures sombres de l’Occupation. Quant au lien qui unit Sherlock Holmes et les Martiens, il faudra aller lire le nouveau numéro de Bifrost (le numéro 105 paru le 27 janvier, avec un dossier consacré à Leigh Brackett, une nouvelle de Laurent Genefort, qui entre dans l’univers des Temps ultramodernes – tout comme L’Abrégé de cavorologie, du même auteur –, et une autre de Eric Brown, « La Tragique affaire de l’ambassadeur martien », qui précède l’intrigue de cette novella). Mais on comprend que le peuple occupant est redevable au détective londonien et admire ses capacités remarquables. D’où cette demande pour le moins étonnante d’enquêter directement sur le sol rouge. Évidemment, tout n’est pas exactement ce qu’il paraît être.

« À notre âge, on commet souvent l’erreur de croire qu’on doit se récompenser – se remercier d’avoir servi si longtemps – en « ralentissant ». » Il tendit vers moi un doigt fin. « Mais c’est là une réflexion inspirée par la paresse. Seule l’activité physique et mentale permet de tenir en échec la sénilité et la décrépitude. »

De l’aventure et des faux-semblants

Nous voilà donc partis pour un voyage mystérieux et plein de rebondissements, accompagnés par une mystérieuse femme qui ne laisse pas Watson insensible. Certains passages ont un petit côté Mondwest (le titre français de Westworld, ce film de 1974 qui a mal vieilli et dont est tirée la série de Jonathan Nolan et Lisa Joy) pas désagréable. Bien dans l’air du temps. Ajoutés à cela quelques déductions à la Sherlock (mais pas trop, en fait), des décors à couper le souffle, l’irruption, donc, d’un personnage féminin d’une sacrée trempe et un complot à l’échelle interplanétaire, et on obtient un divertissement haut en couleurs qui tient ses promesses.

Simulacres martiens est une douceur au goût exotique et légèrement suranné qui fond dans la bouche pour le plus grand plaisir des papilles. Une lecture détente, sans grande prétention, sinon nous faire plaisir. Et c’est parfaitement réussi !

Présentation de l’éditeur : Londres, 1907. Dix ans après la reddition terrienne. Alors que l’humanité vit sous la férule de ses conquérants, Gruvlax-Xenxa-Schmee, vice-ambassadeur de Mars en Grande-Bretagne, vient frapper à la porte du 221b, Baker Street. Il faut dire que l’affaire est d’importance, et quand les maîtres de la Terre vous réclament, se dérober n’est pas une option. Ainsi le docteur Watson et le plus célèbre des enquêteurs humains, Sherlock Holmes, se trouvent-ils propulsés au sein d’une enquête épineuse, dans les méandres désertiques de la Planète Rouge, avec pour compagnon nul autre que l’impétueux professeur Challenger. Leur mission ? Résoudre une énigme improbable et assurer la paix entre les mondes. À moins qu’un terrifiant secret ne se dissimule derrière les intentions prétendument louables des nouveaux seigneurs de la Terre. Car après tout, sur Mars, les apparences peuvent s’avérer trompeuses…

Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière » – 20 janvier 2022 (novella inédite en français traduite de l’anglais par Michel Pagel (évidemment !) –The Martian Simulacra (2018)– 130 pages – 9,90 euros)

D’autres lectures : Les lectures de Xapur, Albédo, Gromovar sur Quoi de neuf sur ma pile, OmbreBones, FeydRautha sur L’épaule d’Orion, Célinedanaë sur Au pays des Cave Trolls, Zoé prend la plume, Tampopo24 sur Les Blablas de Tachan, De livres en livres, Anne-Laure (Chut maman lit !),

+ 1 novella
Bonus : texte se déroulant sur Mars
Avancée du challenge : 11 nouvelles/novellas lues.

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