Mimosa, Vincent GESSLER

Tessa, enquêtrice privée, mène une mission apparemment banale sur du trafic d’organes quand tout part en capilotade. À peine le nom mimosa est-il lâché qu’un simple témoin se met à tirer sur tout ce qui bouge. Et Tessa de se retrouver malgré elle devant son passé, peut-être pas si net qu’il n’y paraît au premier abord.

Des aventures explosives

Car à peine cet épisode passé, Tessa va se trouver au centre d’un maelström bouillonnant et violent. De multiples intérêts sont en jeu, plusieurs groupes de tueurs, voleurs, assassins sont mêlés à cet imbroglio dont les tenants et les aboutissants vont nous apparaître progressivement. Comme des poupées russes : une révélation en entraîne une autre, avec des bouleversements parfois vertigineux à la clef. Et des cadavres aussi. Parce qu’il en tombe un certain nombre. Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue. Mais je veux préciser qu’elle m’a convaincu et a su m’embarquer pour toute la durée du roman.

Du cyberpunk qui n’a peur de rien

Lire Mimosa, c’est s’offrir quelques heures d’aventure et de rigolade, de dégoûts et d’étonnements. Car Vincent Gessler s’y entend pour maintenir un rythme trépidant et renouveler sa narration alors qu’on pouvait craindre qu’elle ne ronronne. Entrent dans le réseau Dans ce monde cyberpunk, le fin du fin est de prendre modèle, physiquement, sur des vedettes. Et aussi de prendre leur nom. D’où la rencontre de Ed Harris et de Lambert Wilson, de Philippe Katerine et de Jésus-Christ (et pourquoi pas?). Le grand jeu est d’essayer rapidement de reconnaître la personnalité copiée. Grand moment de gêne collective quand personne n’y parvient. Et cela donne des moments savoureux et des dialogues tordants. Du cyberpunk qui ne se prend pas au sérieux donc. Mais avec plein d’éléments hérités de ce genre. Les personnages entrent dans le réseau par des connexions directes du cerveau. Ils peuvent d’ailleurs y laisser des plumes : si le cerveau de la personne à qui vous vous connectez est piégé, vous vous transformez en légume. On a même mis au point des protections pour bloquer ou, au moins gêner, les intrusions dans les esprits : dans le moindre souvenir s’insinuent des images choc (torture, viols et autres joyeusetés synonymes de cauchemars pour l’explorateur malchanceux). Un environnement cyber très réfléchi et convaincant.

Une touche d’humour dans un monde de brutes

Mais en même temps, l’auteur ne se prend pas au sérieux. Les copies de vedettes en sont un exemple (même si cela peut également ouvrir la réflexion sur notre besoin de conformisme : si cela était possible, combien d’entre nous céderaient à cette chimère et tenteraient de reproduire les traits de leur star favorite ?). Mais on peut ajouter la décontraction avec laquelle il aborde les morts des personnages. Comme si cela faisait partie de la routine, du décor. Et un ton un peu nonchalant. Et aussi, à la fin du roman, des interviews des personnages par l’auteur lui-même, qui se fait malmener par certains d’entre eux.

Un questionnement sérieux sur l’identité

Je vais faire court pour, une fois de plus, ne pas divulgâcher. Mais ce roman pose la question de l’identité : qu’est-ce qui fait notre personnalité ? Qu’est-ce qui fait de nous un être à part entière ? Dans une société où l’apparence domine, puisqu’on ne cherche qu’à ressembler à quelqu’un de connu ; où il est possible de s’offrir des clones (même type de questionnement dans la nouvelle « Asja 5.0 » dans le recueil Mars d’Asja Bakić ; une utilisation biaisée de ce principe dans Les chants de Nüying d’Émilie Querbalec), sans se préoccuper de leur ressenti en tant qu’individus. Des interrogations reviennent sur le tapis entre deux scènes d’action et sont particulièrement pertinentes, pas un simple remplissage pour faire sérieux. L’original est-il seul propriétaire de la personne ? Les clones qui ont vécu plusieurs années des évènements différents, qui ont ressenti des sentiments autres, sont-ils encore identiques à leur original ? Et si non, qui sont-ils ? Un questionnement sans doute déjà commencé ailleurs, mais qui trouve toute sa place ici.

Dix ans après sa parution initiale, j’ai découvert un roman et un auteur grâce à la collection poche des éditions l’Atalante. Et c’est un bonheur : la lecture de Mimosa a été une belle surprise qui m’a happé et m’a laissé essoufflé après une superbe balade, pleine d’action et de rebondissements, de coups de théâtre et de sang. Un parfum capiteux et légèrement cuivré que j’ai appris à aimer.

Présentation de l’éditeur : Qu’ont en commun Lambert Wilson, Adolf Hitler, le Docteur Snuggles, Jésus-Christ, Philippe Katerine et James Brown ? Ils participent tous à une folle aventure au cœur de Santa Anna, ville cosmopolite d’un monde devenu végétarien où la mode est d’être le sosie d’un personnage célèbre réel ou fictif. Sauf Tessa. Qui se targue d’être une authentique personnalité originale. Et, à la tête de l’agence Two Guns Company & associated, elle mène une enquête sur un trafic d’organes. Ce faisant, elle fait d’étranges découvertes sur son passé et part à la recherche de sa mémoire, en compagnie d’Ed Harris et de Crocodile Dundee. Entre contemplation philosophique et action survoltée à la Roland C. Wagner, Mimosa nous entraîne dans un roman cyberpunk où se télescopent clones, doubles virtuels, intelligences artificielles, légendes du crime et du cinéma. Époustouflant, loufoque et subversif, Mimosa est un grand roman de science-fiction positive. Par l’auteur de Cygnis.

L’Atalante, collection « Poche » – 2 juin 2022 (roman paru initialement en 2012– 416 pages – Illustration : Leraf – 9 euros)

D’autres lectures : Yvan (EmOtionS),

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3 réflexions sur “Mimosa, Vincent GESSLER

  1. Très beau retour pour ce livre qui ne me tente pas tellement mais la question de l’identité m’intéresse beaucoup. je lis « Les chants de Nüying » dans lequel je la trouve jusqu’à présent intelligemment complexifiée

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