Genèse de la Cité [Mégapoles 1], N.K. JEMISIN

Présentation de l’éditeur : En descendant du train à Penn Station, le jeune homme se rend compte qu’il a tout oublié : son nom, son passé, son visage… Une seule certitude : quoiqu’il n’ait jamais mis les pieds à Manhattan, il est ici chez lui. Rien d’anormal, donc, à ce qu’un vieux taxi jaune à damiers s’arrête devant lui au moment où il en a le plus besoin. Il doit impérativement se rendre sur FDR Drive ; il ignore pourquoi, mais cela a sans doute un rapport avec les tentacules qui sèment le trouble à chaque coin de rue. La ville, sa ville est en danger, et lui seul semble être en mesure de la défendre. Lui seul ? Non, ils sont cinq, un pour chaque arrondissement de New York…

Mon avis : N.K. Jemisin est connue pour sa trilogie des Livres de la Terre fracturée, dont chaque volume a reçu le prix Hugo. Pas mal, non ? Va-t-elle connaître le même succès avec sa nouvelle trilogie des Mégapoles ? Pas sûr. Car si la lecture du premier opus de cette série, Genèse de la cité n’est pas désagréable, elle souffre d’un côté un peu brouillon de la narration et de quelques lenteurs. Mais il ne faut pas s’arrêter à ces légers défauts. Ce roman cache pas mal de raisons de s’y plonger.

D’où la leçon numéro un sur New York : nous ne sommes pas ce que les gens pensent de nous.

L’idée de base : les villes, quand elles parviennent à une certaine maturité (Taille ? Nombre d’habitants ? Cela reste peu clair), prennent vie, en quelque sorte. Elles deviennent une entité autonome, avec une volonté. Et elles ont besoin de s’incarner dans un être humain, pour se défendre surtout. Elles n’organisent pas un casting pour choisir leur représentant. Elles le choisissent sans lui demander son avis. Et c’est tout sauf anodin. Tout d’abord, cela se produit sans avis, sans préparation. Et peu à peu, les individus concernés comprennent que quelque chose à changé : ils se sentent différents, ont des visions, ressentent ce que vit la ville. Et le problème principal, c’est qu’ils n’ont pas le temps de s’habituer à cette nouvelle situation. Car un ennemi puissant rôde. Un de ces monstres gigantesques tout droit sortis de l’univers maladif d’H.P. Lovecraft. Des monstres atroces, au nom imprononçable, à la vue traumatisante et, bien sûr, aux tentacules nombreux. Pour eux, les nouvelles villes sont des colonisateurs en puissance, des meurtriers (pour comprendre les tenants et aboutissants, je vous laisse lire, histoire de ne pas trop divulgâcher) qu’il convient d’annihiler tant qu’elles ne sont pas encore trop puissantes. Ce roman est le récit de la naissance de la ville de New York et de son combat pour sa survie.

Panorama du quartier de Midtown depuis la façade nord de l’Empire State Building,
dans l’arrondissement de Manhattan. (Wikipedia – DAVID ILIFF)

Pour enrichir son propos et mettre en lumière ses thèmes de prédilection, N.K. Jemisin ne donne pas à New York une seule incarnation, mais plusieurs : une pour la ville et une pour chaque quartier. Manhattan, bien sûr, le Bronx, le Queens, Brooklyn et Staten Island (que je ne connaissais pas et, d’après le roman, je ne suis pas le seul). Chacun est représenté par une personne typique de ses habitants, de ses modes de vie, de ses origines. Et c’est là que le bas blesse. Et c’est là que réside l’originalité et l’intérêt de Genèse de la Cité. Cette confrontation entre les différentes visions de la ville de New York. Tous ces habitants, venus (eux ou leur parents ou leurs grands-parents ou davantage encore) de pays plus ou moins lointains, aux cultures différentes, qui font le sel et la richesse de la cité, mais aussi l’origine de nombreux conflits : jalousies, rancœurs, justifiées ou non. Tout cela forme un terreau propice à la dissension et donc à la perte de puissance face à l’ennemi, fort et sûr de son bon droit.

C’est l’occasion pour l’autrice de mettre en avant la force des différences, mais, surtout, la place qu’on leur impose. N.K. Jemsisin se bat pour que les minorités (que ce soit de couleur de peau, de genre, d’orientation sexuelle, etc.) soient plus visibles et obtiennent des droits qui leur sont souvent refusés. Sa littérature n’est pas là que pour distraire (même si elle le fait très bien), elle est également là pour éveiller les consciences, nous montrer une situation qui nous crève les yeux, mais reste enfoncée sous les habitudes, car dérangeante. On peut trouver qu’elle en fait trop : les blancs sont quasiment tous des méchants, vendus à l’ennemi tentaculaires, des ordures qui n’hésitent pas à menacer, à humilier, à tabasser. Mais la mise en avant de toutes ces personnes cantonnées aux seconds rôles, mineurs, souvent détestables et enfermés dans des clichés, est salutaire. Cela rappelle le roman de Charles Yu, Chinatown, intérieur : l’auteur y met en scène l’enfermement des Américains d’origine asiatique dans des rôles préconçus et terriblement limités par une société aveugle, trop préoccupée par la couleur de la peau. Davantage que par les qualités personnelles.

East Fordham Road à l’angle sud-est de Decatur Avenue dans le quartier de Fordham dans le Bronx (Wikipedia).

Genèse de la Cité est un roman un peu trop long à démarrer, à mon goût, mais ensuite entraînant et vecteur d’un questionnement plutôt sain, à mon avis. Et, en plus, cela donne sacrément envie de visiter New York et ses quartiers si divers, que ce soit en personne (pour ça, il faudra attendre, car entre le Covid et le budget, ce n’est pas pour tout de suite) ou grâce à Internet et aux livres.

Autres lectures : Au pays des cave trolls, Elbakin, la Yozone, Un papillon dans la Lune,

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