Superluminal, Vonda McINTYRE

Le Flux, moyen pour les êtres humains de dépasser la vitesse de la lumière et de voyager entre les étoiles. Mais y pénétrer et l’utiliser ne va pas sans sacrifice. Les pilotes doivent y abandonner leur cœur. On n’est pas chez les Aztèques et aucun couteau sanglant n’est utilisé. Mais les futurs navigateurs de l’espace se font opérer afin de se séparer de cet organe incompatible avec leur futur métier.

Une caste à part

Superluminal nous offre une superbe première phrase : « Elle n’avait pas hésité à renoncer à son cœur. » Évidemment, toutes les conditions sont réunies pour que la caste des pilotes soit placée sur un piédestal. Sacrifier un organe aussi essentiel que le cœur, même pour voler à travers l’espace, ce n’est pas rien ! On donne d’ailleurs aux pilotes le surnom d’Aztèques, en référence aux sacrifices que ce peuple aurait effectués : surnom peu apprécié par les intéressés (c’était aussi le nom de la nouvelle qui est à l’origine de ce roman). L’admiration est présente dans la population, mais aussi la jalousie. Car toutes et tous n’ont pas les capacités de subir cette ablation (au fait, bien sûr, les chirurgiens installent à la place un dispositif contrôlé par le patient pour régulier la circulation de son sang). Beaucoup de candidats, peu d’élu.e.s. Laena Trevelyan est l’une d’elles. Elle vient juste de subir l’opération et attend l’accord des médecins pour effectuer son vol de test. Mais la patience n’est pas son fort. Elle s’échappe de l’hôpital. Et, au cours de ses déambulations, rencontre Radu Dracul (nom étrange, car il évoque les vampires, mais ici, pas d’absorption de sang), un membre d’équipage. Il vient de la planète Crépuscule et est un des rares survivants : la population de cette planète a été dévastée par un terrible virus. Or, parmi les sauveteurs venus apporter de l’aide et des soins, figurait Laena. Radu est aussi fasciné par la jeune pilote. Leur rencontre vire au coup de foudre. Mais rapidement, l’un comme l’autre ressent des douleurs physiques, comme si leur proximité engendrait des troubles. Or, il est bien spécifié que les pilotes et les membres d’équipage ne doivent pas se fréquenter. Cette règle aurait-elle un fondement physiologique ?

Suite au choc de cette terrible découverte, Radu part sans prévenir Laena et s’embarque pour un voyage spatial. Mais, lors de cette mission, rien ne se passe comme prévu. Radu va s’apercevoir qu’il est décidément bien particulier. Je ne vais pas plus loin dans l’histoire afin de ne pas gâcher le plaisir de lecture. Je parle rapidement du troisième personnage principal de ce roman : Orca (un prénom assez original, mais sans doute pas tant que cela, puisqu’il apparaît aussi dans Ymir de Rich Larson, à découvrir fin septembre au Bélial’). Cette femme appartient au peuple des plongeurs, un groupe qui peu à peu s’est séparé de son humanité pour s’adapter au milieu aquatique. D’ailleurs, les modifications ne sont pas encore terminées et beaucoup poussent à couper les ponts avec les êtres humains, considérés comme des ennemis par les plus extrémistes. Ce personnage est très riche, par ses particularités et par son caractère entier, mais ouvert. Et Vonda McIntyre parvient à monter, sans grand discours, tout l’intérêt qu’il y a à vivre en bonne intelligence avec les « autres », même s’ils sont différents. Surtout s’ils sont différents, puis-je ajouter.

Oui, mais…

Quelques petits points m’ont dérangé dans ce roman (sans que cela me le rende désagréable à lire, loin de là). Tout d’abord, le rythme. Un nom que j’emploie souvent dans mes chroniques, car il est très important pour moi. J’aime être embarqué dans une histoire et comprendre où je vais. Où, quand ce n’est pas le cas (comme dans Composite d’Olivier Paquet), être mis suffisamment en confiance par l’auteur pour que je me laisse aller loin de ma zone de confort. Ici, ce n’est pas vraiment le cas : le premier quart du roman est consacré à Laena et pouf, on la laisse complètement tomber pendant une bonne centaine de pages avant de la retrouver. Pendant ce temps, on suit Radu. Ce qui n’est pas désagréable, mais m’a légèrement déstabilisé.

Autre gêne ressentie, le côté brut des personnages. Dans leurs relations aux autres, ils sont raides, maladroits et souvent agressifs. Un peu, cela passe, mais il faut un grand nombre de pages pour que cela se calme. Et encore, on retrouve tout au long du roman des personnages qui ne parviennent pas à vivre bien avec les autres. Je ne dis pas que cela n’est pas justifié dans le contexte, mais cela m’a pesé à la longue.

Ces points gris (pas noirs, car ils ne sont pas assez agaçants) n’ont cependant pas terni ma lecture. Juste rendu le démarrage un peu difficile. Mais c’est habituel ces temps-ci et je vais finir par croire que cela vient un peu de moi aussi (j’ai ressenti, pour d’autres raisons, les mêmes difficultés à entrer dans Lord Cochrane et le trésor de Selkirk de Gilberto Villarroel). Mais pas seulement, donc, puisque j’ai pointé quelques sujets de dissonance.

Superluminal a été publié pour la première fois en 1983. On peut saluer la belle lecture de l’avenir de Vonda McIntyre qui avait déjà imaginé la possible intrusion des réseaux sociaux (ou l’équivalent) dans notre vie privée, tout comme la multiplication des messages publicitaires sur dans nos boites aux lettres électroniques. Ce roman est toujours d’actualité par son discours écologiste et tolérant. Et il est captivant par l’imaginaire qu’il brasse. Riche idée, donc, des éditions Mnémos que de commencer une nouvelle collection, « Stellaire » par sa publication. Elle est destinée à publier, à nouveau, des textes anciens qui peuvent toujours éveiller un écho en nous. Nous verrons par la suite ce que cela donne. En tout cas, avec Superluminal, le début est une réussite et je ne regrette pas mon voyage au-delà des étoiles.

Présentation de l’éditeur : Désormais, l’humanité peut mener des vaisseaux au-delà de la vitesse de la lumière. Afin de rejoindre le prestigieux corps des pilotes interstellaires, Laena n’hésite pas à sacrifier son cœur humain pour une machine sophistiquée. Mais pour aller encore plus loin, vers de nouveaux mondes distants ou d’autres dimensions, devra-t-elle renoncer à tout jamais à sa nature humaine ou pire, à aimer ? L’avis de l’éditeur : Avec Superluminal, Vonda N. McIntyre explore une société futuriste et utopiste où les voyages plus rapides que la lumière sont devenus possibles et où des humains améliorés vivent sur d’étranges exoplanètes comme dans les profondeurs des océans. Les polyamours interstellaires de Laena et de Radu nous laissent entrevoir des possibilités infinies, non seulement aux confins de l’univers, mais aussi dans nos coeurs, dans nos âmes. L’autrice réussit à rendre intensément vivants ses personnages, et la relation impossible entre les deux amants hante chaque page. Elle nous offre ici l’une des odyssées les plus dépaysantes et les plus émouvantes de la science-fiction moderne. Vonda N. McIntyre (1948-2019), biologiste de formation, a publié une science-fiction innovante et humaniste qui sera couronnée par les prix Nebula, Hugo et Locus en 1978-1979 pour son chef-d’œuvre Le Serpent du Rêve. Dans une démarche proche de celle d’Ursula K. Le Guin, elle fait la part belle aux figures féminines dans ses romans. Outre le succès de ses propres romans, elle contribua au renouvellement des novélisations de Star Trek.

Mnémos, collection « Stellaire » – 17 juin 2022 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Daniel Lemoine, révision par Olivier Bérenval – Superluminal (1983) – 382 pages – Illustration : James Abels – 22 euros)

Merci aux éditions Mnémos pour ce SP.

D’autres lectures : Feyd Rautha (L’épaule d’Orion)Zoe prend la plumeLes blablas de TachanLe syndrome QuicksonLectures du pandaHugues (Charybde 27)Sur mes brizées

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14 réflexions sur “Superluminal, Vonda McINTYRE

  1. Ah toi aussi tu as eu de petits cailloux dans la chaussure pendant ta lecture…
    C’est vrai que ce rythme est étrange, au final ça a participé aussi à mon interrogation sur le message du roman.
    Il est prévu je crois d’autres traductions de ses œuvres en 2023, j’y reviendrai avec plaisir aussi !

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    1. Oui, comme toi ou Tampopo, j’ai rencontré quelques difficultés. Mais rien de rédhibitoire, au final.
      Et comme toi, je serai attentif aux prochaines rééditions des œuvres de cette autrice.
      Quant au lien vers ton article, désolé de l’avoir oublié dans un premier temps : j’étais fatigué quand j’ai publié cette chronique. Je devrais éviter de « publier » dans ces conditions.

      J’aime

      1. ohlala ne t’en fais pas pour ça ! ce n’est pas grave, et tu n’es pas obligé non plus de relayer tous les posts des autres.
        Voilà c’est ça des petites choses qui coincent mais rien qui nous empêche de profiter du voyage et de vouloir y retourner.
        J’espère que ta fatigue va se résorber dans les jours qui viennent. Bon courage !

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    1. Oui, mitigés, mais intéressés. Car, si ce livre est un peu difficile d’accès à cause de ces petits cailloux dont parlait Zoé, il est tout de même fascinant par certains côtés, dont les idées qu’il véhicule.
      On verra ce que tu en penses, plus tard.

      Aimé par 1 personne

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