Quality Land, Marc-Uwe KLING

Bienvenue à Quality Land, la plus extraordinairissime des villes ! Bienvenue dans une ville où le moindre de vos désirs peut devenir réalité, où vous obtenez le job qui correspond le mieux à vos capacités, où vous partagez la vie de la personne qui vous correspond le mieux. Bref, bienvenue au paradis !

Un enfer aux contours rutilants

Mais si on creuse un peu, Quality Land a peut-être quelques défauts. En tout cas, c’est ce que pense Peter Chômeur, surtout le jour où il reçoit un canard vibromasseur rose et qu’on lui dit que cela correspond parfaitement à ce qu’il désire à ce moment de son existence. Il a beau être conciliant, là, cela ne va plus. Et pourtant, nous, lecteurs, nous pouvions lui dire dès le début que quelque chose n’allait pas. Comme dans certains épisodes de la série Black mirror, la vie des habitants de ce pays est dirigé par les I.A. et les réseaux sociaux. On ne se fie plus aux indices de la vie réelle, mais aux avis proposés par les autres habitants et, surtout, à ceux qu’imposent plus ou moins les sacro-saints algorithmes. Tout passe par eux : le choix de la nourriture comme celui de sa future compagne. Jusqu’à l’absurde : le canard rose. Ce système est-il donc si infaillible que cela ?

Une satire sans grande portée

En plaçant son roman sous le signe de l’humour, Marc-Uwe Kling a pris de gros risques à mon avis. Pas facile de faire rire, surtout en SF. Fredric Brown et Terry Pratchett sont des maitres dans ce domaine, mais même eux présentent un bilan inégal. Certains de leurs textes déclenchent de véritables fous rires, d’autres arrachent un léger rictus. Et cela dépend aussi du pays. Reprenons Pratchett : en Grande-Bretagne, c’est un véritable phénomène, avec des tables entières qui lui sont consacrées en librairie (enfin, de son vivant : c’est peut-être moins le cas de nos jours, je ne suis pas allé vérifier) ; en France, par contre, malgré la présence d’une grande communauté de lecteurs accrocs, ce n’est pas la même folie. Dans le pays de Molière, justement, cette année, Yann Bécu, avec L’Effet coccinelle, a réussi à m’amuser, mais avec des baisses de tension en cours de route. Et alors, qu’en est-il de ce roman allemand ?

Eh bien, je l’ai trouvé gentillet, mais à réserver aux lecteurs qui ne sont pas habitués aux récits de SF. Parce qu’il n’offre rien de nouveau sous le soleil pour les autres. Les méchants algorithmes, les méchants politiciens, le gentil loser, le gentil geek genre professeur Nimbus (en plus paranoïaque), la belle aventurière. C’est quand même rempli de clichés. Mis bout à bout, ils forment une histoire agréable à lire quand on a rien d’autre à faire et qu’on laisse son cerveau tourner un peu à vide. Quality Land est bien dans l’air du temps : il critique sans mesure les GAFAM, ainsi que la politique. Soit ! Mais c’est sans réel contenu et, surtout, sans réelle proposition. Quand je pense à Collisions par temps calme de Stéphane Beauverger que je viens de lire, le grand écart est tellement évident qu’il en est douloureux. Évidemment, les deux récits ne jouent pas dans la même catégorie, mais tout de même, combien la novella de Beauverger est tout en finesse et en subtilité et aborde des problèmes, nous offrant des pistes, quand le roman de Kling est en tout en force et en gros sabots, imposant une vision simpliste et grossière.

Quality Land a été un succès dans le monde (« plus d’un million de lecteurs à travers le monde ») selon son éditeur, je veux bien le croire, car il est consensuel et sans grosse prise de risque. Un roman qui ne restera pas dans les annales. En tout cas, pas dans les miennes.

Présentation de l’éditeur : Bienvenue à Quality Land, le pays de tous les superlatifs ! Tu vibres déjà ? Il y a de quoi ! Dans le futur, tout fonctionne à merveille : les algorithmes se chargent d’optimiser le travail, les loisirs et les relations. Quality Partner sait qui te correspond le mieux. Ton véhicule autonome sait où tu veux aller. Et si tu es inscrit sur The Shop, on t’envoie tous les articles que tu désires sans que tu aies besoin de les commander. Super pratique ! Plus personne n’est obligé de prendre des décisions difficiles – car à Quality Land, il n’y a qu’une seule réponse à toutes les questions : OK ! Pourtant, Peter Chômeur est taraudé par l’impression que quelque chose cloche dans sa vie. Si le système est vraiment si parfait, pourquoi trouve-t-on des drones ayant le mal de l’air ou des robots de combat souffrant de stress post- traumatique ? Pourquoi les machines sont-elles de plus en plus humaines et les humains, de plus en plus mécaniques ? Dystopie réjouissante dans la veine de Kurt Vonnegut et Philip K. Dick, satire drôlissime – et un tout petit peu inquiétante – sur les promesses et les pièges du numérique, Quality Land a déjà conquis plus d’un million de lecteurs à travers le monde.

Actes Sud, collection « Exofictions » – septembre 2021 (roman inédit traduit de l’allemand par Juliette Aubert-Affholder – 377 pages – 22,80 euros)

D’autres lectures : Gromovar,

2 commentaires sur “Quality Land, Marc-Uwe KLING

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