Symphonie atomique, Étienne CUNGE

«N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous. » C’est le mot d’ordre proposé par Radio Collapse, la fréquence de la fin du monde. Car ça y est, les prévisions les plus noires se sont réalisées. Notre apocalypse est advenue, avec l’arrivée des plaies qui ont frappé la Terre les unes après les autres. On n’en est pas encore à la septième, mais la planète a bien morflé : inondations, tempêtes, sécheresses. Malgré cela, les différents blocs de pays se hérissent encore sur leurs positions respectives, laissant planer la menace d’une guerre atomique.

Un avenir effrayant de réalisme

Ce qui m’a marqué, en premier, dans ce roman, c’est le réalisme des situations présentées. On s’y croirait, hélas ! Les scènes décrites par Étienne Cunge paraissent tout droit sorties d’un avenir que nous promettent les scientifiques qui étudient le réchauffement climatique et que remettent en question nombre de personnes, renchérissant ainsi le risque que ce futur advienne. Et les scènes sont décrites d’une manière très réaliste. Trop par moments, devrais-je dire, tant elles peuvent angoisser. Si, comme je le pense, le propos de l’auteur était de nous envoyer une grande baffe afin que la prise de conscience soit enfin effective, c’est réussi. Je me suis vu, dans quelques décennies, sur cette planète en grande partie dévastée, sans réel espoir d’une amélioration significative. Et je dois dire que c’est assez terrifiant.

Un thriller haletant

Mais Symphonie atomique n’est pas qu’un roman engagé. Loin de là. C’est avant tout un thriller de haute tenue, qui tient son lecteur par le bout du nez du début à la fin. Étienne Cunge connaît son affaire en matière de personnages et de rythme de narration.

Les personnages, tout d’abord, sont assez nombreux pour apporter une complexité nécessaire à l’intrigue, sans pour autant demander de faire des fiches pour s’y retrouver. D’ailleurs, ils sont suffisamment bien caractérisés pour être reconnaissables au premier coup d’œil même si, comme moi, vous éprouvez quelque difficulté avec les prénoms. On trouve de quoi s’attacher, de quoi haïr aussi. Car les motivations sont ancrées dans la chair de ces femmes et de ces hommes marqués par une vie difficile, sans beaucoup de choix tant les éléments ont repris le pouvoir et qu’il ne reste plus grand-chose à espérer. Ils doivent, s’ils désirent encore exister en tant qu’individus, accomplir des actions fortes, voire folles. Mettre leur vie dans la balance. D’où les réactions fortes que l’on ressent en leur présence.

Le rythme, ensuite. Comme souvent, on passe d’un personnage à un autre en changeant de chapitre. Chapitres tous initiés par un extrait de Radio Collapse donnant un exemple de vie dans cet avenir qui pourrait être le nôtre. Et l’action est au rendez-vous. Car nous sommes en pleine crise politique mondiale. Les intérêts de plusieurs groupes visent à déstabiliser l’ordre précaire qui permet à la planète de ne pas sombrer dans le chaos. Quatre grands blocs se partagent le pouvoir : les États-Unis, repliés sur eux-mêmes, sous la férule d’un clone (enfin, pas un vrai clone, mais quelqu’un qui a le même type de comportement) de Donald Trump ; les Russes, toujours aussi adeptes du secret, même aux dépens de la vie de leurs compatriotes ; les Chinois, commerçants aux espions efficaces et habiles négociateurs, pour qui la vie humaine compte peu ; les Européens, sous le coup d’une sorte de dictature écologiste, qui tentent de vivre avec le plus petit impact sur la planète. Et les autres me direz-vous ? Eh bien, comme ils ne possèdent pas d’armes nucléaires flottant dans l’espace, ils peuvent se taire ! Car le nucléaire a été relégué dans l’espace où trônent quatre bases spatiales, une par grande puissance. Le célèbre équilibre de la terreur, venue du ciel lointain cette fois-ci.

Un grain de sable dangereux

Nous sommes donc plongés dans un monde en plein bouleversement, puisque un cinquième (voire un sixième) groupe tente de tirer son épingle du jeu. Et son plan est plutôt futé, quoique complètement cinglé. Et terriblement meurtrier. Je n’en dirai pas plus, car une partie du plaisir de la lecture de Symphonie atomique consiste à découvrir les tenants et aboutissants de ce monde ainsi que les manœuvres mises en œuvre. Et surtout, par qui. Car les pions sont multiples et ne réagissent pas tous comme prévu. Ce qui amène à des situations incroyablement dangereuses et complexes à souhait. Et angoissantes. Mais je me répète…

Je ne saurais trop conseiller la lecture de Symphonie atomique, car ce roman m’a touché et diverti. J’ai été happé par l’intrigue, estomaqué par la force de l’évocation d’un futur redouté, convaincu par le réalisme des personnages. Un très bon moment, donc. Une très belle découverte.

Présentation de l’éditeur : «N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous. » Le monde d’après s’effondre. Malgré l’odeur de fin des temps, des restes de civilisations subsistent, au bord du chaos, et chacun lutte pour donner du sens à sa vie. Les quatre modèles des puissances atomiques, aux abois, dominent cette désolation et se confrontent, prêts à en découdre : ultra-capitalisme américain, écologisme européen, nationalisme russe et totalitarisme social chinois. Dans ce climat délétère, l’équilibre ne tient plus qu’à un fil, sur le point de rompre. Parmi le concert des forces nucléaires spatiales, l’Europe en Transition fait figure de naine. Pour autant, alors qu’émerge une crise dans la crise, le sort de l’humanité va peut-être dépendre des décisions de deux de ses membres, que rien ne prédisposait à cela : Juan et Agathe. Dans cette nouvelle ère, à l’Europe reconfigurée et où l’espace constitue le terrain névralgique des conflits, leurs actes vont faire écho à l’étrange soulèvement en cours dans les steppes d’Asie centrale – sous le commandement du jeune Ashkat –, et les confronter à l’énigme qu’incarne Ulan Moltov, l’âme de la rébellion, le cœur du jeu de poker à grande échelle qui débute.

Critic – 1er octobre 2021 (roman inédit– 429 pages – 23 euros)

Merci aux éditions Critic pour ce SP.

D’autres lectures : Le chien critique, Gepe, SyFantasy, Fantasy à la carte,

8 commentaires sur “Symphonie atomique, Étienne CUNGE

  1. Tentante chronique. Ce qui, ici, est dit me fait penser au troublant non-avenir mondial (principalement écologique, mais pas que…) que Jean-Marc Ligny imagina dans Aqua (Tm) en Folio SF (issu d’Atalante ed.). Je pense venir à cette « symphonie atomique ». Mon seul bémol: la multiplication des personnages qui complexifie la trame, j’ai les mêmes problèmes que toi avec çà (je ne peux plus relire James Ellroy à cause de çà). Est-ce un obstacle surmontable..?)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci. Et tu as raison, cela rappelle l’avenir désespéré décrit par Jean-Marc Ligny.
      Quant à la multiplication des personnages, c’est un léger problème au début, mais rapidement, on se les approprie et cela rajoute à la richesse de l’histoire.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s