Oiseau, Sigbjørn SKÅDEN

L’Humanité s’est échappée de la Terre. Quelques colons sont arrivés sur une planète aux conditions difficiles, qui nécessitent d’immenses efforts pour pouvoir survivre. Mais ils y sont parvenus, malgré les pertes, malgré l’aridité de leur nouvelle existence. Et malgré la particularité de la lumière qui est capable d’assourdir les gens. Gens obligés de communiquer par écrit au moyen d’écrans portatifs.

Un ton original

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette novella possède son propre ton et son propre rythme. On est loin des grandes sagas planétaires où le narrateur nous raconte le quotidien des pionniers, leurs interactions avec la faune et la flore de la planète. Ici, le lecteur va devoir attendre, patienter comme les habitants de cette planète étrange, que l’on découvre peu à peu, par petites touches, assez lentement. Et ce d’autant que la narration n’est pas linéaire : l’auteur nous propose trois voix, à trois époques différents. Voix que nous allons apprivoiser petit à petit, mais pas dès le début. Ce qui peut laisser un peu perplexe lors de la lecture des premières pages. Mais c’est là le premier intérêt du texte : son rythme contemplatif et ses mystères à découvrir. On est comme en suspension devant le paysage aux couleurs tranchées. Pas de pastels, pas de mélanges. Des couleurs qui s’opposent, se heurtent, s’agressent. Mais ne s’interpénètrent pas. N’offrent pas de nuancier. Le rouge est rouge, le noir est noir. Primaire, brut. Comme la planète, inhospitalière, dure. Dureté qui se ressent dans le choix des mots (même si ce choix passe par le filtre de la traduction), mais aussi dans les péripéties vécues par les différents personnages.

Un monde impropre

Car ce qui ressort avant tout de Oiseau, c’est la violence. Cela peut paraître paradoxal tant le rythme est doux et contemplatif. Mais les conditions imposées par la planète sont si particulières, si définitivement hostiles : ne serait-ce que cette contrainte imposée par une lumière capable d’empêcher les gens de s’entendre parler, de les assourdir, de les obliger à communiquer uniquement par écrit. Quelle trouvaille ! Quel enfer ! C’en est même à se demander comment la colonie a survécu. Comment elle a osé appeler ce lieu « Home », tant cela ne ressemble en rien à une maison désirée. Et on le comprend au fur et à mesure de la narration de Heidrun, jeune femme qui a du mal à accepter cette nouvelle vie et les choix qu’ont fait ses compatriotes. Jeune femme qui sait se montrer dure elle aussi : la façon dont elle traite, parfois, sa jeune fille, qu’elle aime pourtant…

Je ne veux pas en dire trop car une grande partie du plaisir éprouvée à la lecture de cette novella provient de la découverte de ce monde et de ses habitants de fortune. Il faut se laisser bercer par les voix des personnages et par leurs non-dits, par les indices distillés au fur et à mesure et par les révélations, brutales. Mais surtout par les paysages, éclatants, qui s’imposent à nous dans leur force.

Je m’arrête là pour ne pas trop en révéler, ne pas gâcher votre possible lecture. Pour découvrir cette récente collection de la maison d’édition Agullo composée, comme son nom l’indique, de textes courts, je suis vraiment bien tombé. Lire Oiseau a été pour moi une expérience immersive intrigante et fascinante. Je me suis retrouvé ailleurs, la tête emplie de sensations et de sentiments forts, différents. J’ai vraiment voyagé, sans grand vaisseau spatial, avec juste des mots et cela a été un sacré voyage !

Présentation de l’éditeur : 2048. Heidrun s’adresse à sa fille : en tant que première enfant née sur Home, elle incarne l’avenir des hommes sur cette planète. C’est là que se sont installés les passagers de l’expédition UR après avoir quitté la Terre, à bout de ressources. Mais la vie n’a rien à voir avec celle qu’ils ont connue : le climat est rude, la temporalité différente et aucun son ne parvient à percer le lourd silence qui règne là. Heidrun confie à sa petite le rôle de l’oiseau, celle qui saura les guider tous vers la lumière. 2147. Un siècle plus tard, la poignée d’hommes qui survivent difficilement sur Home rendent tous les jours hommage à leurs ancêtres, les pionniers. Mais un jour, leur quotidien est bouleversé par l’arrivée d’un vaisseau à bord duquel se trouve une équipe venue de la Terre. Tout le monde ne voit pas d’un bon œil cette intrusion : ces étrangers apportent-ils un nouvel espoir ou leur venue signera-t-elle la fin de la petite communauté ? Quel genre d’avenir nous attend si nous quittons la Terre ? Quels seront nos plus grands défis ? Les conditions de survie difficiles ou la nature humaine ? Telles sont quelques-unes des questions à la base de ce roman contemplatif qui saura donner goût à la science-fiction aux plus réfractaires.

Agullo, collection « Court » – 7 octobre 2021 (roman traduit du norvégien par Marina Heide – Fugl (2019)– 135 pages – 12,90 euros)

Merci aux éditions Agullo pour ce SP.

D’autres lectures : Le Maki, Ma collection de livres,

3 commentaires sur “Oiseau, Sigbjørn SKÅDEN

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s