Cochrane vs Cthulhu, Gilberto VILLAROEL

Lord Cochrane, tome 1. Où l’on fait la connaissance d’un aventurier écossais (qui a vraiment existé) au courage remarquable et à l’esprit affûté comme une lame de couteau. Héros au Chili, pays de naissance de l’auteur, il est moins connu sous nos latitudes. Grâce à cette série, cette lacune va vite être comblée. Il va affronter, dans ce premier épisode, pas moins que Cthulhu en personne !

Des soldats contre des monstres

Fort Boyard, ça vous dit quelque chose ? Comment ignorer ce lieu emblématique de la télévision française qui trône sur nos écrans depuis plus de trente ans ? Mais avant d’être le cadre d’exercices de gymnastique et de hurlements à base d’araignées et autres animaux exotiques, Fort Boyard devait être une pièce importante du dispositif de protection de Napoléon contre l’envahisseur anglais. Il devait permettre de rendre la côte inviolable, mais n’a pu être terminé à temps. De plus, en 1809, un certain Lord Cochrane a réussi à forcer le blocus imposé par les Français en détruisant une partie de la flotte ennemie. Bref, autant vous dire que ce sujet britannique n’était pas en odeur de sainteté auprès des forces napoléoniennes.

Vive l’Empereur! Vive Lord Cochrane!

Or, c’est ce même Lord Cochrane qui navigue près de Fort Boyard et est aussitôt fait prisonnier par les troupes du capitaine Eonet, en charge de cette place-forte. Juste avant l’arrivée de deux envoyés spéciaux de l’Empereur, les frères Champollion (eh oui, le traducteur des hiéroglyphes égyptiens !). Et, surtout, juste avant l’apparition d’êtres étranges, voire monstrueux, aux intentions belliqueuses de toute évidence. L’avant-garde du dieu endormi ?

Un cadre historique solide

Gilberto Villarroel ne s’est pas lancé dans cette aventure littéraire sans biscuit. Il s’est renseigné, a lu, a interrogé. Et cela se sent. Un peu trop, par moments, comme souvent avec des auteurs passionnés par leur sujet et qui veulent absolument tout transmettre. Mais cela donne un cadre solide et rend la lecture plus forte, car ancrée dans la réalité. Même si les sbires de Cthulhu vont venir troubler ce bel ordonnancement. L’auteur multiplie les détails d’architecture, les précisions sur des pièces de vêtements ou d’armurerie qui renforcent l’impression de nous retrouver, nous aussi, plantés au milieu de ce fort, perdu dans l’océan et le brouillard, à la merci d’un ennemi invisible au pouvoir sans commune mesure avec ce que l’homme a affronté jusqu’ici.

Des maladresses sans gravité, mais agaçantes

Ce premier volume d’une série consacrée à l’aventurier écossais n’est pas exempt de maladresses. Rien de dramatique, à mon goût, mais des petites gênes lors de la lecture. Par exemple, cette tendance à répéter des éléments de description de personnages : les bonnets militaires en peau d’ours des grenadiers qui les fait paraître encore plus grands qu’ils ne sont. Ou le rappel d’un évènement qui a eu lieu quelques pages avant, comme si l’auteur ne se rappelait plus l’avoir écrit ou prenait son lecteur pour un poisson rouge, au niveau de la mémoire.

Et cette manie d’indiquer l’heure dans la première partie, sans vraiment que j’en ai compris l’intérêt : pas de compte à rebours, pas de bombe qui va exploser, pas de limite de temps indiquée. Et tout cela s’espace dans la deuxième partie. Est-ce une façon de montrer que les actions s’enchaînent à la vitesse de l’éclair ? Ou d’insister sur le côté héroïque des personnages, et surtout de Lord Cochrane, qui parviennent à accomplir en quelques heures un nombre impressionnant d’actes de bravoure.

Enfin, dernier petit défaut, la structure du roman est très classique : mise en place du décor et des personnages ; premières escarmouches ; découverte des forces en présence ; assaut final.

De l’action et de l’astuce

Mais tous ces points ne m’ont pas empêché de suivre avec passion et impatience les aventures de Lord Cochrane et du Capitaine Eonet et de leur lutte désespérée contre Cthulhu. C’est un vrai roman de cape et d’épée, mais sans cape ni épée. En fait, cela m’a rappelé par certains côtés L’Héritage de Richelieu, de Philippe Auribeau : des hommes d’armes combattent le mal, faisant fi de leurs différents, dans des luttes sans pitié, avec des morts et du sang et, surtout, un ennemi bien trop fort pour qu’ils s’en sortent vivants, en principe. Des histoires pleines d’exagération, d’invraisemblances, mais très divertissantes, entrainantes. Avec, en plus, les trouvailles nombreuses de l’inventeur qu’est Cochrane : n’est-il pas le concepteur, selon ses dires, du premier bateau à roues à aubes ? Et que dire de ses machines explosives ? Beaucoup d’inventivité, qui donne du piquant à l’histoire et offre des rebondissements pleins de bruit et de fureur.

Cochrane vs Cthulhu est, pour moi, un roman d’aventures sympathique, même s’il n’évite pas certains écueils. Il fait son boulot, en présentant un personnage et en le rendant sympathique. Suffisamment, en tout cas, pour se précipiter sur le deuxième tome, Lord Cochrane vs l’ordre des catacombes.

Présentation de l’éditeur : Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité ! Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur. En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !

Aux Forges de Vulcain – 7 février 2020 (roman inédit traduit de l’espagnol [Chili] par Jacques Fuentealba – Cochrane vs Cthulhu (2017) – 400 pages – 20 euros)

D’autres lectures : Le syndrome Quickson, Au pays des cave trolls, Gromovar, Mémo Émoi, Salomé Lelièvre chez ActuSF, Gillossen chez Elbakin,


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