Retour à n’dau, Kij JOHNSON

Alors que le nouvel hors-série du Bélial’ se présente à l’horizon (il est censé arriver sur les tables des libraires le 27 mai pour l’achat de deux UHL – Une Heure-Lumière – format papier), je me suis rappelé que je n’avais toujours pas lu le précédent UHL. Il était temps de rattraper mon retard !

L’avant-propos d’Olivier Girard, le patron du Bélial’, même s’il est très court, a éveillé en moi des images du passé et des sentiments très vifs, puisqu’il a évoqué la fameuse collection de Denoël « Présence du futur » et ses mythiques catalogues. Que de temps passé à les compulser dans mon plus jeune âge ! Que de temps passé à tenter de les récupérer, eux, et les livres de cette collection. Tout cela ne nous rajeunit pas, dirait-on ! Mais merci pour ce petit coup de nostalgie, plutôt agréable.

La partie suivante est très intéressante, voire carrément indispensable : la parole est donnée aux traducteurs de cette collection. Chacun avait quelques questions auxquelles répondre. Ils s’y sont (presque) tous attelé de bonne grâce. Et cela m’a donné l’impression d’entrer dans derrière le voile, dans la petite fabrique de ces ouvrages que j’apprécie tant. Au détour de certaines phrases, j’ai pu mieux appréhender ce métier de l’ombre, passé sous silence en général, mais pourtant si important. « Traduttore, traditore » (« Traduire, c’est trahir »), selon une formule qui daterait du XVIe siècle. C’est un peu court : en fait, le traducteur est comme un deuxième auteur, qui interprète le texte de base et tente de nous le transmettre le plus fidèlement, mais aussi le plus clairement, possible. Les traducteurs interrogés font bien comprendre combien il leur faut s’immerger dans la langue et l’univers des auteurs afin de s’imprégner de leur sujet. Et, ainsi, de réussir leur travail. Avec, toujours, la peur d’avoir manqué une référence. Cette volonté de faire découvrir tous les acteurs du monde du livre se retrouve dans la revue Bifrost avec la rubrique « Paroles de… » qui interroge aussi bien des libraires que des journalistes, des traducteurs que des « faiseurs » (ça, c’est pour Richard Comballot).

Enfin, la nouvelle de Kij Johnston. De cette autrice, j’ai lu Un pont sur la brume et La Quête onirique de Vellitt Boe. J’avais adoré le premier, le monde imaginé et, surtout, l’ambiance créée. Le deuxième ouvrage, lui, m’avait laissé froid : pas assez attiré par Lovecraft et son univers, j’ai dû louper nombre de références et ai trouvé l’histoire sympathique, mais un peu plate. « Retour à n’dau » se situe entre les deux. L’autrice bâtit en quelques pages un monde cohérent et fascinant (même si dur et cruel). En quelques lignes, elle nous jette dans la tête d’une narratrice malmenée : sa tribu est exécutée par une groupe de cavaliers à la recherche d’un remède à la maladie de leurs montures. La voilà prisonnière, avec sa nièce qu’elle connaît peu (les enfants la laissent indifférente), à la merci de guerriers qu’elle ne comprend pas toujours, loin de son équilibre, de sa routine, de sa vision de ce qui l’entoure. C’est cet aspect qui m’a le plus fasciné : ce rapport avec n’dau. Comment la tribu de Katia se déplace pour rester bien situé par rapport à n’dau. Notion abstraite pendant les premières lignes, mais qui montre bien que nous n’avons pas tous le même rapport avec notre environnement, que nous n’avons pas les mêmes points de repères, les mêmes attentes. La suite de la nouvelle est plus convenue, mais ne provoque aucune lassitude. J’ai voulu savoir si Katia allait survivre, quelle place elle prendrait dans ce nouveau groupe. La fin m’a légèrement et agréablement surpris.

Ce hors-série, s’il n’est pas le meilleur des trois à mon avis, ne dépare absolument pas dans cette collection de haut niveau, dont j’attends toujours avec plaisir les parutions. Et là, dans les semaines qui viennent, je ne devrais pas être déçu !

Présentation de l’éditeur : Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres… C’est aussi le nom d’une collection réunissant à ce jour vingt-six titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur. Une collection qui, en l’espace de quelques années à peine, s’est bâti un statut de référence dans le paysage éditorial hyper-saturé des littératures de genre. Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux ; le Hors-série 2020, troisième du genre, célèbre Une heure-lumière. Avec entre autres un long récit inédit signé Kij Johnson, autrice, dans cette même collection, de l’époustouflant Un pont sur la brume salué par une kyrielle de prix, dont le Hugo, le Nebula et le Grand Prix de l’Imaginaire. Une heure-lumière… sous une pluie d’étoiles !

Le Bélial’, coll. « UHL » – 11 mars 2020 (nouvelle inédite traduite de l’anglais [U.S.A.] par Anne-Sylvie Homassel,
« The Horse Raiders » (2000) – 78 pages – Offert pour l’achat de deux UHL)

D’autres lectures : Ombre Bones, Lutin, Au pays des caves Trolls, Apophis, vous ?

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