La controverse de Zara XXIII, John SCALZI

John Scalzi, pour moi, est une valeur sûre. Il produit, certes, des romans de moins bonne facture. Mais au rythme où il publie, il ne faut pas être toujours hyper exigeant. Et, franchement, au rythme où il publie, justement, le résultat est sacrément efficace. La recette est souvent la même : une crise résolue avec ce qu’il faut de violence pour que la situation soit assez réaliste. Mais, surtout, une bonne dose d’humour, la marque de fabrique de John Scalzi. Et ça, il maîtrise ! Parfois, c’est un peu lourdingue, mais la plupart du temps, cela m’arrache un franc sourire, voire plus. Donc, j’en redemande. Ayant terminé la lecture de la trilogie de L’interdépendance avec La Dernière emperox, j’étais un peu en manque. Heureusement, il me restait un roman de 2011 (traduit en France en 2018) pas encore lu : La controverse de Zara XXIII.

Il en avait la certitude, depuis la dernière fois où il avait déplacé autant de lourdes charges, on avait dû remplacer son cœur par deux tranches de jambon flasques qui battaient sans cesse l’une contre l’autre en toute futilité.

Commençons par le titre français (le titre original, Fuzzy Nation, n’a pas la même portée pour moi) : il fait évidemment référence à la controverse de Valladolid, popularisée par Jean-Claude Carrière (récit de 1992, comme le téléfilm dont il est issu). Et le parallèle est bienvenu, puisque dans les deux cas, des colons tentent de dérober leurs terres à des indigènes plus faibles technologiquement parlant, voire à les faire disparaître. Chez Scalzi, ce sont de mignons petits indigènes, dont on découvrira peu à peu l’intelligence : d’animaux charmants, ils deviendront des êtres pensants. Ce qui n’arrange pas la compagnie minière qui comptait sur cette planète et ses formidables gisements pour se refaire une santé.

Or, comme dans pas mal d’ouvrages de SF, les grandes compagnies n’apparaissent pas sous leur meilleur jour dans La controverse de Zara XXIII. Richard Morgan, pour ne citer que lui (je suis en train de le lire), a l’habitude de décrire des mondes tombés sous la coupe de vastes conglomérats aux pouvoirs quasi infinis, qui ont écrasé toute volonté politique de les réglementer et qui se font un devoir de corrompre la justice. Ils ont tous les pouvoirs et, si ce n’est pas le cas, ont les moyens (souvent violents, voire très violents) d’obtenir ce qu’ils désirent malgré l’opposition de quelques-uns. La scène d’ouverture des Nuages de Magellan d’Estelle Faye en est un très bon exemple, avec une révolte matée de façon définitive. Et marquante. Ici, les méchants sont bien méchants. Ils veulent du pognon et tant pis s’il faut passer sur le cadavre de bêbêtes, aussi adorables soient-elles. On ne plaisante pas avec l’argent ! Ce qui rend d’autant plus agréables les moments où ils se font blouser par leurs adversaires.

Blade Runner 2049 (indiewire.com)

Une bonne idée de John Scalzi, c’est le choix du défenseur des « toudous » (les indigènes) : Jack Holloway est, à la base, lui aussi un gros méchant. D’ailleurs, il commence par faire exploser (involontairement) tout un pan de montagne. Et clame haut et fort qu’il est là pour gagner une fortune suffisante pour mener ensuite la belle vie. Mais, on s’en doute, la découverte des toudous va changer son regard sur ce monde de Zara XXIII. Et il va utiliser, avec un brio indéniable, son passé d’avocat. La construction du récit, pour cela, est habile. On se doute bien de quelle sera l’issue. Mais l’auteur sait nous y mener sans temps mort, avec de nombreux rebondissements, des retournements de situation plaisants. Pour finalement nous offrir un roman extrêmement agréable à lire et très satisfaisant moralement. Ce qui est un bon mélange.

La Controverse de Zara XXIII est un bon John Scalzi, distrayant et réjouissant. Une merveilleuse occasion de sourire en ces temps maussades.

Présentation de l’éditeur : Prospecteur indépendant sur une des planètes minières de la toute-puissante compagnie Zarathoustra, Jack Holloway découvre un filon d’innombrables pierres précieuses dont une seule suffira à le mettre quelque temps à l’abri du besoin… si les avocats de son client ne trouvent pas le moyen de l’en déposséder. Le même jour l’alarme de son domicile se déclenche. On s’est introduit chez lui. S’agit-il d’un cambrioleur ? Non ! L’intrus se révèle être une adorable boule de poils d’une espièglerie confondante. Mais sans doute ne vit-elle pas seule sur cette planète… Bientôt, les cadres de la compagnie s’avisent du problème : si le petit peuple à fourrure de Zara XXIII est doué de raison, c’en sera fini de l’exploitation de son sous-sol par une entreprise étrangère. À leurs yeux, la solution est simple : tout faire pour que ne soit pas reconnue cette intelligence. Ainsi débute La controverse de Zara XXIII.

L’Atalante, coll. « La dentelle du cygne » – 22 février 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Mikael Cabon (Fuzzy Nation– 2011) – 315 pages –19,90 euros)


4 réflexions sur “La controverse de Zara XXIII, John SCALZI

  1. J’adore John Scalzi, son style clair, simple et plein d’humour. La controverse de Zara XXIII (Fuzzy nation) était conforme à mes attentes. Il faut noter que ce roman est une reprise des hommes de poche (Lille Fuzzy) de Henry Beam Piper, prix hugo en 1963. j’avais lu et aimé ce roman au édition du masque dans les années 70. Scalzi est parfaitement clair quant à l’inspiration (même dans le titre en anglais) qu’il a prise chez Piper en y ajoutant sa verve et faisant une mise à jour.

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