À l’ombre d’un pont – Mira, Bo et les autres, Hélène Gloria

Éditions Cipango, collection « Clair de Terre » – 18 juin 2019
(recueil de sept nouvelles inédites – 198 pages – 13,50 euros)

À l’ombre d’un pont – Mira, Bō et les autres est un recueil de sept contes, sept récits. Chacun se déroule sur un continent différent. Les époques varient entre le XVIIe et le XXIe siècles. Le ton et l’ambiance varient aussi considérablement, même s’ils conservent tous le même regard empreint d’humanité et d’ouverture vers les autres. Chacune de ces histoires écrites par Hélène Gloria est magnifiquement illustrée par Christine Flament : deux images par histoire. La première représentant le pont dont il est question (c’est le fil conducteur du recueil, comme le titre l’indique). La deuxième insistant sur un moment-clef.

« Dans le regard des aigles », qui ouvre ce livre, est un conte abordable aux plus jeunes. On y découvre deux jeunes gens qui ne se connaissent pas, à Constantine, traités comme des esclaves par un prétendu artiste. Ce Monsieur Yermeche n’a aucun talent, au contraire des deux enfants. Il les exploite et vend leurs œuvres sous son nom. Deux aigles, créatures divines, vont intervenir et tenter de rétablir un peu de justice. Beaucoup de tendresse et de poésie dans ce texte. Les deux protagonistes prennent immédiatement vie devant nos yeux et l’on attend avec impatience leur possible rencontre grâce au vieux pont qui relie deux parties de la ville.

Direction, ensuite, l’Amérique du Nord du XIXe siècle, celle des Indiens encore libres de fouler leur territoire, de chasser le bison. Avec « Un chevalet dans les plaines », Hélène Gloria met en scène un peintre qui va tomber amoureux de ces lieux et d’une de ses habitantes. Il s’approchera ainsi au plus près de cette nature encore intacte. Et nous le suivons dans cette découverte pleine de couleurs et de vie. Un hymne réussi à la simplicité et à un mode de vie à présent disparu.

On reste sur le continent américain dans « Que fait la misère ? Elle voyage ! ». Mais cette fois-ci, on glisse vers le Sud, dans un récit contemporain et engagé. Sol, une jeune fille, vit avec ses parents et son frère dans un wagon de train ou chez sa grand-mère. Toujours en route, là où on trouve du travail. Là où les autorités les laisseront, un temps, en paix. Ce sont des vagabundos, communauté qui se serre les coudes, solidaire face au danger. Face à l’irruption d’Occidentaux maladroits, de types intéressés uniquement par le profit. Encore une belle histoire, qui dénonce cette fois une injustice institutionnalisée. Avec encore un beau personnage central, celui d’une jeune fille aux talents certains, pleine de courage malgré sa situation plus que délicate.

Retour dans le passé avec « L’Arche de Noël ». XVIIe siècle, celui des explorations scientifiques. Le narrateur commande une expédition dans l’Antarctique au nom du roi de France, afin de découvrir cette terra encore incognita alors. Un voyage périlleux. Et rendu merveilleusement vivant par l’autrice. En plus, le navire embarque des animaux exotiques, tels l’éléphant ou l’autruche, les singes ou le léopard. Étrange idée quand on va dans une région aussi froide. Un récit glaçant et poignant parfois.

Abandonnant la glace et la neige, « Un poisson dans le ciel » nous conduit en Asie, entre Japon, Chine et Vietnam, au XVIIe siècle, à la suite d’une jeune fille qui trouve injuste que les sports de combat soient réservés aux seuls garçons et hommes. Guidée par des créatures magiques, elle va tout de même participer à un tournoi et briller, évidemment. Un autre récit d’initiation, où le personnage central mettra sa vie en jeu pour espérer gagner un prix à la hauteur. Beaucoup de tendresse et de poésie dans ce texte. Une évocation réussie de l’Asie.

L’Europe à présent. L’Angleterre, plus précisément. Celle du XIXe siècle. Avec son industrialisation galopante. Mais aussi ses luttes pour maintenir le Royaume uni. Et son conservatisme impressionnant, qui interdit aux femmes de pratiquer la médecine. Au grand dam d’Ann, la protagoniste principale, au caractère bien trempé. Ce qui va lui jouer des tours et bouleverser totalement sa vie. En quelques pages, Hélène Gloria parvient à croquer une existence riche et pleine de tumultes, de décisions aux conséquences terribles. Un destin hors du commun.

Enfin, le recueil s’achève « Sur le sentier des forçats » : l’Océanie au XIXe siècle. Ses esclaves, ses forçats. Leurs conditions de vie misérables. Et, à l’occasion d’un remous de l’Histoire, une rencontre émouvante et pleine sincérité entre des personnes habitant des mondes tellement différents. Et pourtant…

Un ouvrage hautement recommandable tant l’autrice maitrise le format de la nouvelle. En quelques phrases, elle place ses personnages, le décor et nous attire dans ses rets. Elle sait créer des protagonistes réalistes, attachants ou détestables. Elle parvient à nous faire voyager à travers le monde sans se montrer didactique, par petites touches, comme le peintre d’« Un chevalet dans les plaines ». Et les illustrations de Christine Flament sont pour beaucoup dans l’immersion que connaît le lecteur. Ses dessins nous plongent directement dans le récit.

Pourvu qu’elles continuent leur collaboration et nous permettent de continuer ainsi à nous promener au fil de leur imagination, au gré de leurs envies.


Une réflexion sur “À l’ombre d’un pont – Mira, Bo et les autres, Hélène Gloria

  1. Bonjour
    Merci pour votre accueil sur Babelio , de ce fait me voilà sur votre blog qui mérite qu’on s’y attarde , déjà par cette première publication pour moi …un livre qui pourrait me plaire
    Bonne journée à vous

    J’aime

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