La rivière de sang, Jim TENUTO

Gallmeister, coll. « Totem », n°5 – janvier 2019
(roman paru en poche en novembre 2010 et auparavant en grand format en septembre 2006 – Blood Atonement – 2005 – traduit de l’anglais [États-Unis] par Jacques Mailhos – 334 pages – 9,80 euros)

Présentation de l’éditeur : Ex-star de football universitaire et vétéran de la guerre du Golfe, Dahlgren Wallace a enfin réussi à poser ses valises. Il mène maintenant une existence paisible de guide de pêche dans le ranch de Fred Lather, un magnat des médias devenu éleveur de bisons dans le Montana. Jusqu’au jour où l’un des invités de Lather se fait assassiner à quelques pas de lui. D’abord suspecté du crime, Wallace se trouve embarqué malgré lui dans une enquête où se côtoient milices néonazies, écoterroristes et ranchers véreux prêts à tout pour mettre la main sur le ranch de Lather. De faux coupables en vrais crimes, Jim Tenuto dresse avec humour le portrait acide d’une Amérique déglinguée jusque dans les paysages sauvages et menaçants du Montana.

Mon avis : Encore un polar de chez Gallmeister que je dévore d’un coup. J’étais passé à côté à sa sortie en poche en 2010, ne connaissant encore que peu cet éditeur. Et c’est tant mieux, car j’ai eu la chance de passer un très bon moment à la lecture de ce roman rythmé et bien ficelé. Le personnage central, Dahlgren Wallace, est efficace : ancien joueur de football (américain, bien sûr), vétéran de la guerre du Golfe, affecté par cette dernière mais pas de façon trop ostensible (il a juste une certaine tendance à résoudre quelques problèmes de façon très musclée) et à présent guide de pêche pour le compte d’un milliardaire caractériel. Dur au mal, il est proche de la nature et sait, malgré une certaine tendance à la misanthropie, se montrer charmant avec son entourage. Même si cela ne va pas lui suffire au cours de cette histoire où son cuir chevelu sera mis à rude épreuve. Doté d’un caractère affirmé, il ne suit les conseils de personne et tente de résoudre seul les ennuis dans lesquels il se trouve entraîné. Ce qui le conduit dans des situations dangereuses, mais parfois amusantes, car l’auteur, s’il mène l’intrigue tambour battant et avec sérieux, sait user d’humour (pas toujours drôle, mais cela détend l’atmosphère).

Pour couronner le tout, Jim Tenuto nous offre une galerie de portraits des habitants de ce coin du Montana (ah ! Le Montana : La rivière de sang n’est pas vraiment une publicité pour cet état, c’est le moins que l’on puisse dire ; à la rigueur, le côté « nature » peut intéresser, mais pour le reste…) pléthorique et fort divertissante : des nazis, des chasseurs racistes, des écolos intégristes, des Mormons, des Hutterites (une autre communauté religieuse, proche des Mormons, mais plus « modernes ») ; auxquels on peut associer le classique chef de la police locale et un agent spécial du F.B.I., un régisseur quasi muet et un restaurateur juif de bon conseil. Beaucoup de monde, donc, mais tous bien intégrés à l’histoire, avec leur rôle à jouer et apportant leur tonalité propre. Et toujours ce petit côté « dérision » : le chien du chef des nazis s’appelle Himmler, le chef des chasseurs est plus petit que la moyenne et tente par tous les moyens de compenser ce qu’il considère comme un défaut. Bref, de l’humour associé à de l’action. Le cocktail classique, mais bien dosé.

Ajoutons enfin à tout cela la pêche, marque de fabrique de cette maison d’édition : n’oublions pas que Gallmeister a publié beaucoup de romans traitant de ce sujet dans les grands espaces américains. Eh bien, ici, on est en plein dedans. La rivière, outre sa place dans le titre français (Blood Atonement en V.O. : « La rédemption par le sang »), tient un rôle central dans ce roman, puisque le meurtre a lieu dans un de ses méandres et que la résolution musclée de l’histoire aura également les pieds dans l’eau. Et le personnage central est guide de pêche, totalement accroc à ce loisir, lui qui pratique le plus possible le catch-and-release, technique consistant à relâcher le plus rapidement le poisson pêché, afin qu’il ait une chance de survivre. On a donc droit à l’arsenal du pêcheur et à ses termes techniques : soie, mouche (avec un nom spécifique et un numéro), type de lancer, etc. Tout cela, pour une bleusaille totale en pêche comme moi, a un côté poétique qui me ravi. Un connaisseur n’éprouverait sans doute pas le même plaisir ; il chercherait plutôt à comparer ces pratiques aux siennes. Moi, je me contente de me laisser bercer par ces noms aux consonances familières, mais au sens bien éloigné de celui que je leur connais. Jim Tenuto use de ce jargon avec retenue : juste ce qu’il faut pour parfumer le récit, sans noyer les novices sous des montagnes difficiles à digérer.

Pour ceux qui ne l’auraient toujours pas compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Et je continuerai à chercher mon bonheur dans la collection Totem, côté polar ou non.

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